23 décembre 2011

L'homme qui plantait des arbres

 
Il y a quelques temps nous avons planté dans le jardin partagé de ma résidence deux arbres fruitiers. J’avais pris du plaisir à ce moment convivial mais ce n’est que quelques jours … et nuits plus tard que j’ai réellement pris conscience de l'importance et du sens de ce geste qui m'avait paru de prime abord assez anodin. 
En fait cette plantation a fait écho à deux souvenirs. Tout d’abord aux images du film Cultures en transition montrant des habitants de Totnes plantant des dizaines de noyers dans leur ville … en transition. Le deuxième souvenir, ce sont les mots de Giono dit par la douce voix de Philippe Noiret en harmonie avec les pastels des illustrations du film «L'homme qui plantait des arbres» du livre éponyme. 
On ne plante pas pour tout de suite, on ne plante pas juste pour soi mais pour plus tard et pour les autres. Tel Colbert qui plantait des milliers de chênes pour construire les bateaux que la Marine utiliserait deux cent ans après ! Mais que les gourmands se rassurent, nous devrions nous régaler de nos premières cerises et pommes dans deux ans, putain deux ans … 

30 août 2011

Plus de bruit !

J'étais invité début juillet à suivre les délibérations du jury du premier "Raffut" pour élire l'événement grand public de l'année. Comme le rappelait justement le dossier de presse, la définition du raffut c'est "un grand bruit fait par des personnes qui parlent fort, s'amusent, crient ou se disputent". Il est assez surprenant qu'une partie de la profession de l'événementiel puisse se donner comme simple critère de succès d'une production, fut-elle grand public, d'avoir "bénéficier d'une large amplification". Un seul objectif quantitatif sans évaluation du message transmis ou des résultats produits (ventes, notoriété, communion, ...) alors que c'est bien sa spécificité qualitative qui fait qu'aujourd'hui l’évènementiel est probablement "une alternative globale à la publicité traditionnelle".
La soirée qui accompagnait la remise des prix était totalement (in)cohérente puisqu'avait été privatisée la rue Princesse encore appelée "la rue de la soif" :  les estaminets étaient rebaptisés aux noms des agences organisatrices et l'alcool coulait à flot ... quand il était possible d'accéder jusqu'au bar.  Là encore les professionnels concernés ont fait du raffut pour ne pas dire du tapage diurne puis nocturne - autre sens rappelé dans le dossier de presse ;-). Le voisinage a du apprécié la Responsabilité Sociétale de la profession et aurait légitimement pu faire lui aussi un raffut (autre sens de raffut : esclandre) auprès des autorités.
Si les organisateurs avaient comme objectif de fêter entre eux le début des vacances, pourquoi pas, mais malheureusement on nous précisait que l'un des buts du Raffut était bien de "structurer le métier", "instaurer une ligne de conduite, des règles sur ce qui fonctionne ou pas". Eh bien il faudra en tirer les leçons, ce qui ne fonctionne pas c'est de faire du bruit pour du bruit. C'est tout sauf de la communication. Seul mérite de l'initiative : avoir posé la question de ce qu'est l’évènement en 2011.

18 août 2011

Mes biens chers frères

L'autre soir (il y a déjà longtemps, j’en conviens) j'entendais sur France Inter Iegor Gran, auteur de "l’Ecologie en bas de chez moi", développer deux thèses : l’écologie est devenue une église intégriste et chacun doit pouvoir être libre de ne pas suivre les diktats de ses curés verts. 
Même si l'auteur a fait de la provocation son fonds de commerce pour vendre du papier, comment peut-on avoir aussi peu de recul pour sortir de telles réflexions primaires ? 
Que diable, la seule église qui aujourd’hui impose ses vues à l'humanité n’est pas celle de l’écologie mais bien celle de la Trés Sainte Consommation dont les prédicateurs-publicitaires nous appellent à fréquenter ses temples-hypermarchés. La Croisade des temps modernes est celle de l’OMC, ses templiers se nomment Coca-Cola, Monsanto ou Nestlé. Et c'est sur l'autel du profit à tout prix qu'on brûle la pucelle de la culture vivrière, locale et biologique.
Croire qu’être libre c’est pouvoir acheter un 4X4 parce qu’on en a juste très envie c’est faire peu de cas de l’intelligence humaine. Ce qu’on prend pour de la liberté n’est que le résultat d’une grossière et machiavélique manipulation qui crée non seulement le besoin mais, plus grave, la frustration, terreau de la violence et des extrémismes que connaissent nos sociétés.
Croire qu’être libre c’est d’avoir le libre arbitre de ne pas trier ses déchets, c’est tout simplement l'expression de l’égoïsme primaire qui sommeille en chacun de nous. Raisonnons par l’absurde, si trier est une atteinte à ma liberté, avoir à mettre des déchets dans une poubelle en est aussi une, alors jetons nos ordures par la fenêtre comme autrefois et on verra qui revient à l’âge de la bougie, le curé écologiste ou le libéral moderne !
On pourra me reprocher mon manque d'humour mais j'ai peur d'avoir compris qu'il n'y avait point de réel second degré dans ce pamphlet.

04 août 2011

Chantal, la globe-trotter du Trégor

Sous ma casquette de rédacteur, j'écris régu-lièrement le portrait de certains  salariés d'Emeraude Créationentreprise adaptée (80 % de salariés handicapés) de LannionVoici celui de Chantal, un sacré petit bout de bonne femme !
Quand j’ai expliqué à Chantal que je voulais écrire son histoire, elle m’a répondu que « des histoires, elles n’en voulait pas » ! Passé ce moment d’appréhension (ou ce mot d’humour ?...), Chantal a commencé à me raconter tout d’abord son enfance « à la dure » dans une famille de 15 enfants. Mais très vite, elle est passée aux beaux souvenirs de ses 20 ans. Une dizaine d’années à suivre ou à rejoindre son conjoint dans ses pérégrinations professionnelles sur différents chantiers à l’étranger. Une vie de voyages de l’Afrique (l’Egypte en Concorde !) à l’Australie, partout en Europe à l’exception de … la Corse. Une vie de nomade, parfois en caravane, qu’elle a adorée. Mais la belle histoire finit par une séparation qui plonge Chantal dans le désarroi d’autant qu’elle est jeune maman, sans véritable métier et qu’elle ne sait ni lire ni écrire. 
Des yaourts, des peluches, ...
Mais Chantal n’est pas du genre à se laisser abattre. Après de petits boulots dans la restauration et les travaux saisonniers des champs (« patates », haricots), elle intégrera dans les années 80 l’équipe d’Emeraude ID qui s’appelait alors l’ARPTH (Association pour le Reclassement Professionnel des Travailleurs Handicapés) et dont l’activité était la production de produits laitiers. « On fabriquait du fromage et du crottin », se rappelle-t-elle, « et des yaourts avec de jolis couvercles dorés ». Quand cette activité périclite, elle rebondit dans une autre entreprise d’insertion et y fera des peluches. Elle en a encore chez elle : des lapins, des nounours et même des girafes !
Maman, les ptits bateaux
Elle réintègre quelque temps plus tard les rangs d’Emeraude ID. Parce qu’elle est méticuleuse, elle brillera dans la peinture et la finition des produits de décoration, nouvelle activité de l’association : demi-coques de bateau et phares bretons. Depuis qu’Emeraude est passé à la production de composteurs, Chantal, après avoir été en charge du vissage des panneaux de bois, s’occupent désormais du montage des couvercles : pointage, agrafage et pose des charnières sont de sa responsabilité.
Les cours d’orthophonie et les Ateliers de Savoirs Fondamentaux proposés par Emeraude ID lui ont fait le plus grand bien et l’aide à surmonter quelque peu son handicap d’analphabétisme qu’elle explique avec simplicité comme conséquence d’une méningite contractée en bas âge.
Au boulot, elle est discrète et ne fait pas de vagues mais « quand j’ai quelque chose à dire, je le dis - faut pas m’em…der », et nombreux sont d’ailleurs ceux qui viennent se confier à elle, « presque trop » rajoute-telle, car elle a déjà ses soucis.
Faites vos jeux ...
Mais il y a une vie en dehors du travail ! Son grand plaisir, c’est d’aller jouer quelques euros dans un des casinos de la côte d’Emeraude. Elle se transforme alors et se sent « l’égale des autres », parfois même un peu « bêcheuse ». Si elle qualifie de « vice » cette passion, elle exagère. Chantal sait compter et non seulement elle limite sa sortie à une fois par mois mais elle met de côté un petit billet de temps en temps (son « argent de poche ») en vue de cette sortie. Ses autres simples petits plaisirs ? Un Mc Do ou un kebab de temps en temps, une sortie en boite n’est pas pour lui déplaire comme un ciné où elle préférera les films d’horreur, de science-fiction ou d’aventure. Elle a arrêté récemment l’équitation en raison de problème de dos mais compense avec le vélo ou encore avec une partie de tennis avec sa fille dont elle est si fière de la situation.
C’est sûrement dans les yeux bleus de Chantal que pourriez voir la tranche de vie de ce sacré petit bout de bonne femme si attachante qu’on croise chez Emeraude Création. Mais ses yeux vous ne les verrez pas car Chantal n’aime pas être photographiée et nous respectons son souhait. Mais, faites-moi confiance …

20 juillet 2011

Les Experts : un nouvel épisode des Trophées du Tourisme Responsable

A nouveau cette année, je fais partie des experts du Comité de sélection des Trophées du Tourisme Responsable qui a eu la longue mais noble tâche de sélectionner 3 nominés dans les catégories Bons plans, Urbain, Bol d’air, Luxe & Zen et Solidaire.
Nouveauté 2011, le public est appelé à voter en ligne jusqu’au 5 septembre pour ses candidats préférés, ce vote comptant pour 50% du choix final, à égalité avec celui du jury professionnel. Les Trophées 2011 seront décernés le 21 septembre prochain.

18 juillet 2011

Un manque de C(H)ulot


Une fois n'est pas coutume un petit billet de politique (politicienne ?).

Quelques jours avant l’annonce de la candidature de Nicolas Hulot en avril dernier, le Monde Magazine estimait que ce corps étranger atypique serait vite expulsé par le système mais j’étais loin de me douter que le petit meurtre aurait lieu entre amis. 
En l’éliminant de la Primaire, Europe Ecologie Les Verts, ses adhérents et ses caciques ont montré qu’ils étaient encore loin d’avoir fait la mutation d’un parti traditionnel pyramidal vers un laboratoire coopératif de l’intelligence collective. 
Parce qu’il n’est pas né écologiste, les vieux de la vieille de l’écologie lui ont cherché des OGM dans les champs comme on cherche des poux dans la tête ; pas joly, joly, tout cela. Bien sûr l’homme n’était pas parfait mais avait l’humilité de le reconnaître. Parce qu’il n’est pas un politicien, il n’avait pas la dialectique adhoc, pour ne pas dire sa langue de bois. On lui a reproché son passé alors que c’est avant tout ce cheminement qui donnait à sa candidature force et exemplarité et pouvait susciter l'adhésion du plus grand nombre... 
Je n'ai jamais été un spectateur transi de ses émissions ou un afficonados de sa fondation mais ceux qui comme moi ont réellement lu le Pacte Ecologique (le livre, pas le reader digest du site éponyme) et vu le Syndrôme du Titanic ne pouvaient qu’être convaincus de l’exigence pour ne pas dire de la radicalité de sa déclaration de candidature. 
Peut-être avons-nous tout simplement manqué de culot ou de courage ? ...

16 juin 2011

C’est à ce prix que vous mangez du sucre en Europe

Combien de fois ne nous demande-t-on pas quelle est notre définition du développement durable ? C’en est devenue une tarte à la crème. Oxymore pour les uns dont je fais partie, pléonasme pour les autres … quand certains militent pour la traduction littérale plus exigeante de développement soutenable.
Même si elle a été galvaudée, je ne renie pas la définition académique et officielle de la Commission Brundtland, qui porte en elle, bien sûr une solidarité temporelle inter-générationelle mais également, si on la lisait in extenso, une solidarité de l’instant envers tant de personnes aux besoins primaires non assouvis. C’est bien de préserver l’avenir des générations à venir mais on oublie trop souvent que des millions d’individus meurent de faim sous nos yeux. Aussi, plutôt que donner une énième définition, j’ai pensé intéressant de raisonner en quelque sorte par l’absurde en définissant notre développement aujourd’hui qui est, d’une vérité criante, tout sauf durable.

Les deux mamelles de notre développement
La modération n’est pas le propre de l’Homo Sapiens. Il est passionné en amour, fanatique en politique et compulsif en consommation. A la différence de la nature l’homme ne sait pas se réguler. Pour répondre à cette frénésie consumériste, Prédation et Exploitation sont les deux mamelles de notre développement : un développement en creux pour certains qui permettra un développement en plein pour d’autres. 
Nous exploitons la nature (plutôt celle des autres) et ses ressources. Nous préemptons des matières premières sans limite à un rythme qui ne leur permet pas de se régénérer. On a longtemps vécu des intérêts du capital Terre, on a maintenant plongé dans son bas de laine et attaqué le capital diront les financiers.  Nous utilisons la biosphère comme une poubelle qu’on ne vide jamais et on se désespère en constatant que la biosphère des pauvres n’est pas étanche … 
Nous exploitons l’homme. Exploitation de l’homme par l’homme,  plus souvent d’ailleurs exploitation de l’homme par le capital, exploitation de l’homme du Sud (et des richesses de son territoire) par l’homme du Nord. «C’est à ce prix que vous mangez du sucre en Europe» disait perfidement Candide pour justifier l’esclavage… Théoriquement aboli,  comment nommer autrement l’asservissement économique de millions d’ouvriers et de paysans qui produisent, pas toujours au bout du monde,  parfois au bout de la rue, … «notre confort» ? 
Tout bien réfléchi ce système n’est pas loin de la barbarie. Pourtant, puisqu’il s’agit simplement d’une histoire de plein et de creux, Candide se dit que le plein des uns pourraient remplir le creux des autres et alors la roue du monde tournerait vraiment rond...  

07 mars 2011

5h du mat, je claque des dents ... sur France Inter

J'étais l'invité de Brigitte Patient et de son émission "Un jour tout neuf " sur France Inter ce jeudi 10 mars de 5h à 6h du mat ... il n'y a pas d'heure pour les braves ! 

On a parlé développement durable, communication et compost mais aussi de l'air du temps ... 

A écouter en podcast en cliquant ici.

02 février 2011

30 décembre 2010

Aujourd’hui je l’ai fait …ou presque

Que de mépris de l’intelligentsia comme de l'aristocratie politique et économique dénigrant Cantona et son appel à vider les caisses des banques pour faire «péter le système». Même si Canto ne fait pas partie des petites gens et n’est pas exempt de contradictions, son idée triviale était simplement révolutionnaire car elle redonnait à la populace ;-) , fut-ce pour un jour, le pouvoir (de l’argent notamment) que la ploutocratie lui confisque depuis trop longtemps.

Alors en solidarité, j'ai fait le beau le 7 décembre dernier en allant vider … mon livret d’épargne. A défaut de faire péter le système, j’ai profité de l’occasion pour changer de crèmerie et choisir une banque plus conforme à mes valeurs en allant mettre mettre mes noisettes ailleurs ... au Crédit Coopératif.

D'ailleurs en passant, ladite banque ne semble pas pressée de s'occuper de mes éconocrocs ... une demande d’ouverture de compte sur internet restée sans réponse à ce jour, une visite dans une agence sans pouvoir rencontrer quelqu'un  "pas avant janvier monsieur" ... Ca se mérite une banque solidaire !

Rajout du 31/12/2010 : reçu depuis au courrier les documents d'ouverture de compte.

23 décembre 2010

Le Père Noël est une ordure

J’ai longtemps cru au Père Noël. Mais à l’aube de mes quarante ans j’ai compris la supercherie : réveillé une nuit de Noël, j’ai vu le livreur de la World Company quitter mon domicile et repartir dans son train rouge Coca-Cola.

J’ai depuis entrepris une cure de désintoxication qui prend du temps, imaginez : 40 ans de piquouses à l’Inutil et au Parêtre (non remboursé par la sécurité sociale)…

Il semblerait que mes séances de thérapie de groupe aux Acheteurs Compulsifs Anonymes aient porté leur fruit. Le gong (gang ?) de l’Avent a déjà retentit depuis plusieurs jours et j’ai beau tenter le diable et feuilleter frénétiquement la tonne de catalogue de cadeaux de Noël, rien n’y fait, pas de pulsion consumériste.

Oui mais dans ta liste de Noël, tu vas mettre quoi, alors ? Des patates ? Et pourquoi pas … Oui, je crois que j’apprécierais une pomme de terre que mon donateur aurait cultivée avec labeur et attention, une parmentière en robe des champs, un tubercule rescapé des doryphores, une patate biscornue qui sent l’humus et pas l’anti-germinatif … Joyeux Noël.

Photo non libre de droits © Anne-Lore Mesnage

Message personnel pour mes enfants : si vous n'avez pas planté de pommes de terre, un dessin ou un calin feront tout aussi bien l'affaire.

22 décembre 2010

Daniel et la quadrature du camembert


Dans le cadre de mon "autre métier" de Maître-Composteur, j'ai été amené à visiter l'entreprise adaptée* Emeraude Création, menuiserie de Lannion, qui fabrique notamment des bacs à compost mais aussi des récupérateurs d’eau. J'y ai fait une belle rencontre, celle de Daniel dont voici le portrait.

Prothésiste dentaire, Daniel a été victime à 26 ans d’un accident. Il aime utiliser la dérision et vous explique sérieusement qu’il ne lui reste plus que 30 % de neurones pour dire qu’il a parfois tout simplement besoin d’un peu de temps pour se concentrer . Mais Daniel a bien toute sa tête, c’est même parfois un peu un Géo Trouvetout.
Si Newton a trouvé la théorie de la gravitation en regardant tomber une pomme, Daniel a trouvé la solution de la quadrature du cercle en mangeant du camembert ! Emeraude n’avait pas trouvé de solutions pour la fabrication du couvercle de son récupérateur d’eau ; c’est en découpant des parts de camembert que Daniel a trouvé l’idée et pensé la méthode de production. Le principe : une rosace de triangles de bois issus de chutes coupées en deux, une idée aussi triviale que géniale doublée d’un principe de recyclage,  Daniel a également créé le gabarit type pour la découpe. Cette idée a été rapidement validée et mise en œuvre.
Emeraude, une entreprise de reconstruction
Après son accident Daniel a repris des études, s’est un temps cherché mais ce qui ne l’a jamais lâché c’est la pugnacité. Il a pratiquement « fait le siège» d’Emeraude pour y être embauché après y avoir fait un stage d’observation (EMT), « j’ai du montrer que j’étais motivé ». Cette motivation est toujours présente, « je fais mon maximum » même si les impératifs de rendement sont plus souples dans une entreprise adaptée, «et comme on a plus de temps, je soigne encore plus mon travail».  Et que dire de sa conscience professionnelle qui lui viendrait, dit-il, de ses antécédents familiaux :  il est issu d’une famille de maraichers qui avait  à cœur de proposer les meilleurs produits aux clients sur le marché  « Pour chaque commande que je fais, j’ai toujours à l’esprit le client qui va l’utiliser ».  Il est d’ailleurs conscient que sa forte exigence puisse agacer certains de ses collègues. Il est définitivement fier de son travail « Je vis pour l’entreprise, c’est super quand ça marche comme cela ».
Le soir Daniel rentre chez lui satisfait de la tâche accomplie et va faire ses 5 kilomètres de ballade quotidienne sur le GR34 avec ses chiens pour garder la forme et réfléchir …  à de nouvelles inventions ?... Il réfléchit à de nouvelles améliorations : des pointes plus longues pour une solidité accrue, il paraitrait qu’il en emmène à la maison pour en tester leurs points de faiblesse …
PS : si le renard pensait au Petit Prince  en voyant onduler les blés, vous penserez sûrement comme moi à Daniel en admirant les jolis reflets de la rosace du couvercle de son récupérateur d’eau…
* L’Entreprise Adaptée (ex. atelier protégé) est une entreprise à but social qui emploie durablement au minimum 80 % de salariés handicapés dans l’effectif de production, dans des conditions de travail adaptées à leur handicap.

02 novembre 2010

Blogueur citoyen ou influenceur rémunéré ?

«J'ai des clients qui seraient susceptibles d'être intéressés par de la diffusion d'articles promotionnels sur votre site » … Ce serait donc vrai que des annonceurs paient des blogueurs pour dire du bien d’eux moyennement rémunération ?

Allez,  je ne suis pas né de la dernière pluie et je ne découvre bien évidemment pas cette pratique aujourd’hui, mais je suis d’autant plus choqué que la pratique est désormais organisée, industrialisée mais surtout pro-active dans son recrutement de …  concepteur-rédacteurs ? … et complètement décomplexée !

Les Conditions Générales de Prestation de Service que propose l’une de ces officines, Buzzea, sont sans équivoques. Tout en précisant que ces conditions préservent l’indépendance des parties, elles précisent le principe de monétisation de la rédaction d’article sponsorisé qui répond à un brief de l’annonceur qui pourra d’ailleurs le refuser ou demander des modifications. Le bloggeur s’interdit de le publier avant sa validation par l’annonceur et par ailleurs cède tous les droits patrimoniaux en contrepartie de sa rémunération.

Jusqu’ici l’approche des annonceurs était plus subtile, on cherchait à obtenir la bonne grâce du bloggeur en lui envoyant des cadeaux ou des produits à tester, en l’invitant à des soirées privées, en flattant son égo en lui faisant miroiter de devenir l'élu de la blogosphère du concours Trucmuche (lire Pour partir avec JJ en Inde tappez 1) mais tout cela c’était du gagne petit, sûrement beaucoup trop d’énergie pour un résultat aléatoire. Aujourd’hui on fait dans l’efficace : « tu écris ce que je te demande, tu publie, allez fais pas ta chochotte, je paye, bordel ! ». 

Seul point positif dans le contrat en question le billet doit clairement indiquer la mention «billet sponsorisé».  Même si elle est peu connue cette indication est une obligation légale en France reprise depuis 2009 dans la Charte du Syntec RP et aux Etats-Unis par celle du Federal Trade Commission.

On dit les blogs en perte de vitesse ? …  Cette marchandisation du billet ne peut qu’affaiblir ce qui reste un des derniers rares espaces de liberté d’expression ; on peut publier sans frais son opinion, sa réflexion, son analyse et pourquoi pas ses états d’âme... une vraie bouffée d’oxygène (pour moi en tous cas). J’aurais ainsi peine à ternir ma tribune de journaliste citoyen en vendant mon indépendance et ma liberté de ton pour quelques dizaines d’euros.

09 octobre 2010

Le Compost de Teddy, c'est de la merde !













Quand je ne disserte pas sur le développement durable, quand je ne forme pas à la communication responsable, je suis Maître-Composteur
Alors vous comprendrez que quand j'ai entendu parler de la Point Reyes Compost Cy pendant mes vacances en Californie cet été  mon sang n'a fait qu'un tour .... 
Teddy Stray, son fondateur, m'a fait visiter sa ferme où il produit compost et méthane. Mon récit à découvrir en cliquant ICI sur le site d'Ecolo Info qui m'a ouvert ses colonnes en tant que rédacteur invité.

06 octobre 2010

Les cons, ça ose tout. C'est même à ça qu'on les reconnaît.

Monsieur l’attaché de presse,

Dans un communiqué de presse vous m’informez de cette nouvelle sensationnelle : KONE, premier ascensoriste à passer commande de deux voitures électriques citadines, CITROËN C Zéro, au Mondial de l'automobile 2010.

J’ai d’abord cru à une blague de potache mais après vérification du calendrier nous sommes encore loin du 1er avril. Même si mes facultés de calcul mathématique commencent parfois à s’altérer avec l’âge, je maîtrise encore assez bien la division et la décimale. J’ai donc refait l’équation : en divisant 2 (nombre de véhicules électriques commandés) par 3 000 (nombre de véhicules de votre flotte)  je trouve le chiffre de 0,00066  soit  …. peanuts, nada, queutchi, rien quoi !

 Je n’ose imaginer que vous m’ayez pensé assez crétin pour apprécier positivement une réduction de 0,066 % du bilan environnemental de votre flotte (en considérant qu’une voiture électrique ne produise pas de CO2 ce qui n’est d’ailleurs pas le cas).

Néanmoins je vous remercie pour votre courriel car, animant une formation sur la communication responsable le jour de réception de celui-ci, j’ai pu montrer un très bon exemple d'utilisation abusive de l'argument écologique et, même si votre communiqué n’était pas du Audiard, vous nous avez quand même bien fait rigoler.

08 septembre 2010

Un temps à escargots*

Je participe les 9 et 10 septembre à la 8ème Université d'Ete de la Communication pour le Développement Durable organisé par ACIDD. Cette année le thème proposé à la réflexion est le temps. Chaque participant de l'Université propose une contribution sur ce sujet, voici la mienne :

Un temps à escargots*
Le temps fait partie des «valeurs» à ré-inventer dans notre inéluctable révolution … sociétale. J’ai fait mienne depuis longtemps la maxime de Michel Serres : «Tout le monde a une montre, plus personne n’a le temps. Echangez l’une contre l’autre. Donnez votre montre et prenons notre temps».


Redonner du temps au temps, du temps aux autres, du temps pour soi.
Le temps d'écouter, de partager.
Le temps de ne rien faire, de s’ennuyer.
Le temps de bien faire, de penser. 
Le temps de prendre l’air … du temps.
Le temps de manger et de digérer, la nourriture du corps comme celle de l’âme.

*Nous avons beaucoup à apprendre des escargots : bien avant la sortie du rapport du Club de Rome, le gastéropode avait compris les limites de la croissance infinie (de sa coquille) et depuis la fable, la lenteur a largement acquis ses lettres de noblesse. 

Visuel escargot du site http://laboutiqueajacques.com 

14 août 2010

Casse toi, pauvre réparation !

Dans le grand défi de l’économie des ressources et des matières premières, la ré-utilisation est un élément clé. J’ai poussé cet été les portes d’une "casse" auto … et j’ai été ébloui.

Qui va à la casse trouve sa pièce
Ebloui par l’évidence de ce temple de la pièce détachée d’occasion, ébloui par son potentiel. Ebloui aussi par son organisation simple et efficace comme celle des nouvelles déchetteries.
Certes, la directive européenne VHU impose le recyclage des Véhicules Hors d’Usage qui se traduit en général par la dépollution, le broyage et la valorisation des différentes matières composant les véhicules mis au rebut et notamment sa carcasse.
Mais je veux parler ici de la réutilisation directe de composants manufacturés encore en état, et ils sont nombreux, ce qui peut économiser de la matière bien évidemment mais aussi l’énergie de la fabrication comme du transport du produit fini. Ce gisement permet aussi la réparation de modèles dont les pièces détachées ne sont plus produites, sans parler de l’intérêt financier qui peut renverser l'arbitrage du choix de la réparation.

J’entends déjà les esprits chagrins et protectionnistes des constructeurs me rappeler que ces derniers sont garants de la sécurité des pièces détachées ; je réponds que le «casseur» ne doit pas être qu’un «ferrailleur» et qu’il doit être à même, selon des conditions peut-être à définir et sûrement à l’exclusion de pièces sensibles, de faire ce commerce de ré-emploi. Certaines pièces de réemploi sont de toutes façons désormais autorisées officiellement en réparation-collision dans la nouvelle procédure VE (Véhicules Endommagées) de Juin 2009. L'assureur militant la Maïf va participer en septembre et pour un an à un test sur l'utilisation de pièces de réemploi dans son réseau de réparateurs agréés en Poitou-Charentes. Les constructeurs pourraient d’ailleurs aussi eux-mêmes organiser cette nouvelle économie à l’instar de Volkswagen qui a lancé il y a plus de 60 ans dans son usine de Kassel le programme «Genuine Exchange Parts» qui consiste à réparer/restaurer des pièces moteur revendue 50 % moins cher que les neuves.
Le casse du siècle ? ...
nb : article complété le 21/8/2010

09 août 2010

Moi non plus je ne sais pas bien ce qu’est un Rom










Je vis depuis mon enfance avec ces mots qu’on brandit comme des épouvantails : Roms, manouche, gitans, ... Néanmoins, j’ai eu la chance de rencontrer des Roms plusieurs fois cet hiver à l’occasion des nettoyages de berges de rivières qu’organise l’Association Organe de Sauvetage Ecologique.

Ce que je sais, c’est que dans cette opération environnementale où on n'a rien à gagner si ce n’est un tour de rein, les Roms sont toujours là : nombreux, volontaires et les premiers au petit matin pour donner de leur temps.
Ce que je sais, c’est que j’ai rarement vu une énergie, une joie de vivre et des sourires aussi beaux que ceux-là.
Ce que je sais, ou du moins ce que j’entrevois (car je n’ai pas encore eu le courage ou j'ai eu trop de pudeur de les rencontrer chez eux), c’est que leur vie est dure mais que jamais ils ne se plaignent.
Ce que je sais, c’est que leur soit disant grosse Mercédes est dans ma réalité un vieux camion rouge qui toussotte.

Tout le reste n’est que gesticulation.