15 avril 2013

Portraits d'humanités

Depuis presque trois ans je vais régulièrement à Lannion pour rencontrer des salariés handicapés d’Emeraude ID et écrire leur portait. A l’occasion des 30 ans de cette association j’y retournais la semaine dernière pour une salve de 8 portraits complémentaires.
Je reviens plein d’émotion tant ces personnes m’ouvrent leur intimité souvent ponctuée d’un accident de la vie.
Je reviens riche de leur humanité dont manquent tellement souvent cruellement les soit disant personnes « normales ».
Je reviens grandi et enrichi d’un regard magnifié sur la différence.
Gilles, Chantal, Philippe, Céline, Grégory, Yvon,  … vous avez tous désormais une petite place dans mon cœur et peut-être encore plus toi Daniel qui nous a quitté depuis notre rencontre en 2010.

22 février 2013

Permaculture au Mas des Agrions

La nuit est déjà tombée lorsque j’arrive au Mas des Agrions entre Montpellier et Clermont-l’Hérault. Une nuit sous la tente plus tard, réveillé au chant du coq à 5h30 et ragaillardi par la douche solaire … qui a encore peu vu le soleil et me voici fin prêt pour démarrer un PDC … entendez Permaculture Design Course (en français un CCP - Cours Certifié de Permaculture) de 13 jours. 
J’ai en fait rejoint un collectif de Montpellierains qui s’est lancé le défi d’organiser son PDC il y a quelques mois. Ils ont pour ce faire trouvé un formateur titulaire du Diplôme de Permaculture Appliquée, Andy Darlington, et notre hôte Phil, qui s’est installé il y a quelques mois dans une propriété qu’il souhaite aménager, ce sera notre cas pratique pour la création du «design» en fin de stage. 
Andy est tombé dans la permaculture en 1985. A la fin des années 80, il quitte la physique planétaire et spatiale dont il est diplômé et la perfide Albion dont il est citoyen pour s’installer en France dans l’Aude et conduit depuis lors un élevage ovin en bio et un verger. Avec sa femme Jessie, ils conçoivent également des «paysages comestibles». 
Mais revenons à nos moutons. Quelques volontaires sont déjà venus sur site les jours précédant pour construire l’infrastructure nécessaire pour accueillir le groupe : quatre toilettes sèches  deux douches solaires, une cuisine d’été, un réfectoire, … 
Nous sommes une vingtaine de participants d’age et d’origine très différents (du prof de chimie à la commerciale en informatique en passant par l’étudiante en ethnologie). Notre groupe va ainsi passer 13 jours en autonomie ... et en dehors du temps. 
Pas question de farniente, les vacances sont studieuses : les cours théoriques d’Andy (72 heures sur le climat, la topographie, l’eau, la forêt, les sols, les systèmes animaliers, l’énergie,..) alterneront avec des ateliers pratiques (greffe d’arbres, jardin au naturel, phyto-épuration,…) parfois animés par des professionnels du cru. Quelle noblesse que celle du cheval lors de la démonstration de traction animale ! Quelle joie et quelle communion de mettre pieds et mains dans l’argile pour construire collectivement un four à bois ! Quelle curiosité enfantine pendant nos deux sorties botanique et entomologique ! Sans parler des projections de films ou des conférences du soir (maison bioclimatique, revenu minimum d’existence, agriculture paysanne au Nicaragua, …). 
Les repas sont des moments de respiration et de convivialité pendant lesquels Thierry et Mathilde, nos cuistots, auront su non seulement nous sustenter mais tout simplement nous régaler d’un festival de saveurs végétariennes et biologiques qui auront eu raison des viandards invétérés. 
Mais il ne reste déjà que quelques jours et le Mas des Agrions est en pleine effervescence : après la théorie, place à la pratique, divisés en 5 sous-groupes nous sommes tous affairés à concevoir le design permaculturel de notre lieu de résidence. Discussions, notes d’intention, crayons de couleurs, calculs, dessins et croquis en tous genres, repérages techniques sur le terrain, bref, il y a de la création dans l’air … parfois même de l’électricité tant tout le monde est impliqué et passionné pour défendre ses propositions. Et c’est dans la nuit précédant la présentation que les derniers finiront leur création à 3h30 du matin ! En se couchant à 23h30 mon groupe aura mis en application à la lettre l’un des principes de la permaculture : le maximum d’effets pour le minimum d’efforts. 
Le lendemain matin nous présenterons collectivement aux autres groupes et au propriétaire des lieux nos créations. Comme à l’école des fans, il n’y a que des gagnants car au-delà de la mise en application des principes de permaculture nous y avons mis tant de cœur… C’est le moment de nous voir remettre de façon solennelle notre Certificat de Design en Permaculture et de sortir de notre bulle pour repartir dans notre réalité quotidienne et tenter de mettre en application la méthode acquise en ré-imaginant nos lieux de vie ruraux comme urbains. Aout 2012.

22 janvier 2013

2013 : un millésime ... humain !


Certains lisent dans le marc de café, d'autres plus pragmatiques et terriens comme moi dans le compost. Mon verdict est sans appel : le millésime 2013 sera ... humain ! Très bonne année à tous.

06 novembre 2012

Mon témoignage d'entrepreneur-salarié d'une Coopérative d'Activités et d'Emploi

En ce Mois de l'Economie Sociale et Solidaire, la Coopérative d'Activités et d'Emploi Port Parallèle dont je suis l'un des entrepreneurs salariés m'a demandé de témoigner dans sa dernière lettre d'information

GH : Pourquoi avez-vous choisi une structure comme la CAE pour développer votre activité économique Et plus particulièrement Port Parallèle ?
JJF : En tant que consultant en développement durable, j'ai fait avant tout un choix de cohérence : je souhaitais être entre accord entre les valeurs que je transmets et mon statut entrepreneurial. Etre ainsi un acteur de l'économie sociale et solidaire est également une fierté et même un acte militant. Par ailleurs la CAE me permet de vivre une aventure collective partagée même si je travaille seul. J'ai choisi Port Parallèle car elle a une taille humaine, son siège est proche de mon domicile et elle avait le développement durable dans ses secteurs privilégiés.

GH : Quels avantages trouvez-vous dans le statut d'entrepreneur salarié ?
JJF  : Tout d'abord clairement cela m'éxonère de nombreuses tâches de gestion qui ne me passionnent pas outre mesure pour un coût qui me paraît juste et solidaire. Ensuite ce statut m'apporte une crédibilité et une caution notamment quand on travaille comme moi avec la commande publique et notamment dans les réponses à des consultations de marchés publics. Enfin ce statut permet une certaine souplesse, j'ai ainsi pu tester la viabilité puis exercer mon nouveau métier de "maître-composteur" qui représente aujourd'hui la moitié de mon activité. Qui sait si ma nouvelle passion de l'apiculture pas ne va également se transformer en une troisième activité professionnelle à Port Parallèle ? ...  Enfin, la formation est une part importante de mes missions, comme je bénéficie du n° de formateur de PP mes formations sont éligibles pour leur financement dans le cadre de la formation continue (DIF par exemple)

GH : Cela fait maintenant plus de 2 ans que vous avez intégré la coopérative, comment envisagez-vous la continuité de votre activité entrepreneuriale ?
JJF  : Je n'ai jamais imaginé ma présence à Port Parallèle comme une étape ou un choix par défaut mais bien comme un statut pérenne et réfléchi. Adepte du "Small is beautiful" je peux travailler seul en indépendant dans des conditions administratives confortables. La seule évolution que j'imagine est celle du sociétariat. 

GH : Que diriez-vous à des porteurs de projets en recherche de statut ? Les inciteriez-vous à intégrer une CAE ? 
JJF  : Je conseille ce statut aux étudiants que je forme ! Pourquoi faire compliqué ou risqué quand on peut faire simple ? Ce statut permet de tester une activité sans coûts fixes sans parler de l'accompagnement et des formations qui peuvent être utiles à des entrepreneurs qui ont des idées et de l'enthousiasme mais pas toujours le "background" nécessaires au succés de l'aventure dans laquelle ils se lancent. Mais ce statut ne fait pas tout ... c'est un écrin, à chacun d'y amener sa perle ;-)
Propos recueillis par Ghislaine Hillion

23 septembre 2012

Somewhere m'a trompé

Pas facile de s'habiller en coton bio, qui plus est quand on est un homme, car l'offre est faible ...alors quand j'ai vu ce petit pull à la coupe sympa en coton bio et en promo sur le site de Somewhere je l'ai commandé derechef.
Lorsque je l'ai reçu j'ai été surpris de ne pas voir mentionné "coton bio" sur l'étiquette du produit ou sur une sur-étiquette pour valoriser cette matière comme c'est souvent le cas.

J'ai donc appelé Somewhere qui m'a rassuré en me disant "ce n'est pas marqué coton bio" mais c'en est - rassurez-vous" ... Mais je n'y peux rien, je n'ai pu me satisfaire de cette déclaration rassurante, j'ai donc demandé à l'opératrice de faire remonter ma quête de la composition originale en "coton bio". Bien m'en a pris puisque quelques jours après on me rappelle en me confirmant que mon doute était bien fondé, qu'on s'excuse et qu'on me propose soit de renvoyer le produit (avec une lettre d'explications car je l'ai déjà porté) soit de le garder en  m'offrant 10 points de fidélités.

Etant donné qu'on obtient 10 euros de réduction avec 300 points, on m'a donc proposé 33 centimes d'euros en réparation de cette publicité mensongère ou tromperie sur la marchandise. Et quid des autres clients à qui on a vendu une vessie pour une lanterne ? ...

16 septembre 2012

Projac condamné pour avoir pété un cable !



Fin juin je découvre cette publicité dans la revue Recyclage Récupération - chacun ses lectures ;-) Comment au 21ème siécle peut-on encore utiliser le corps de la femme ainsi dans une publicité ? Ringard sûrement, non responsable assurément !

L'occasion de tester le module de dépôt de plainte en ligne du Jury de Déontologie de la Publicité. En deux clics et trois mouvements je demande donc le 9 juillet à l'instance arbitrale de l'ARP (Autorité de Régulation Professionnelle de la Publicité) de statuer sur le non respect de règles de déontologie que s'est donnée la profession (en l’occurrence celle de l'Image de la personne humaine*). En effet j'estime que cette publicité est dégradante pour la femme qui est utilisée comme un objet et porte donc atteinte à leur dignité.
J'ai reçu début septembre la décision du JDP qui a statué le 3 août que ma plainte était bien fondée en vertu du non respect des points 1-3 et 2-1 de la doctrine spécifique. Il n'y aucun lien entre l'objet de la publicité et la représentation de la femme, cette instrumentalisation du corps de la femme la réduit donc à la fonction d'objet. CQFD.
Mais force est de constater que ce type de condamnation de pure forme (une condamnation au "name and shame" comme disent les anglais) n'a pas dissuadé, depuis 3 ans que le JDP existe, les annonceurs et leur agences de telles pratiques.
Pour former de nombreux communicants, en poste ou en devenir, à la communication responsable je constate que la notion de greenwashing est désormais connue mais rarement réellement assimilée dans son exigence. Nous sommes par contre encore aux balbutiements de la compréhension de la responsabilité sociétale des messages.

L'Association pour une Communication Responsable, dont je suis adhérent, a plus que jamais du pain sur la planche pour acculturer et réformer notre secteur.


* Les règles déontologiques sont des limites qui encadrent la publicité, au delà des obligations légales. Ces règles fixent des limites précises pour les annonceurs désirant communiquer de manière responsable sur leurs produits.

15 août 2012

Une semaine chez des apiculteurs sans frontières

Je connaissais l’apiculture familiale au travers de la conduite des 4 ruches installées dans le jardin de ma résidence. J’ai suivi en juin dernier une formation d’une semaine à l’apiculture mais j’avais envie de découvrir le quotidien d’une exploitation apicole de plus grande envergure… C’est ainsi que je me retrouve en ce début du mois d’août en gare de Chalon-sur-Saone où Yves Rondelet et son épouse, apiculteurs m’attendent. 
Mes hôtes apiculteurs 
Dans les années 70 un beau-frère offre à Yves une ruche, … la passion lui vient rapidement car 4 ans plus tard il en a déjà 80 et se souvient de cette récolte légendaire de plus de 10 tonnes ! Il en fera une activité complémentaire à son métier de professeur d’histoire géographie (à la retraite aujourd’hui). 
Yves va tomber également sous le charme de l’Afrique …et de son apiculture. Après plus d’une quinzaine de voyages dans différents pays de l’ouest de ce continent il a soutenu en 1996 une thése de doctorat de géographie sur « Le miel de l’Afrique de l’Ouest ». 
C’est aussi en Afrique qu’il a rencontré Pascaline, princesse d’un ancien royaume, qui est devenue son épouse il y a quelques années. Braver les abeilles africaines (plus agressives que les européennes) est d’habitude l’apanage des hommes valeureux, parfois un rite initiatique mais cela n’arrête pas Pascaline. Ils partagent leur vie entre la France et le Burkina Fasso où ils conduisent des ruchers en Bourgogne autour de leur miellerie de Fragnes(71) et Bobo-Dioulasso. Yves est également engagé dans différentes associations faisant la promotion de l’apiculture dans les pays en développement, il est par exemple vice président d’Apiculteurs sans frontières et d’Apiflordev. 
Récolte « commando » 
Mais revenons à nos ruches bourguignonnes. La première après-midi fut une mise en condition champêtre : enruchement d’une colonie d’une ruchette et visite de différents rûchers pour confirmer que la récolte pouvait commencer. 
Le lendemain, finies les visites bucoliques, place au commando de récolte. Après avoir enfilé nos combinaisons et gants, direction le premier rucher. Après une courte période d’observation je trouve ma place dans le trio et chacun alterne enfumage, ouverture de la ruche, soufflage des abeilles et portage des hausses au camion. Nous enchaînons les ruchers et ramenons le premier jour près de 60 hausses. 
Au cours de ma semaine d’immersion j’aurai ainsi l’opportunité de visiter et récolter, dans un rayon d’une trentaine de kilomètres, les différents ruchers de mes hôtes dans lequels sont installées plus de 200 ruches. Yves développe une vision sur un aménagement apicole idéal pour ses protégées. En effet, la plupart de ses ruches sont situées sur des terrains dont il est propriétaire sur lesquels il plante depuis des années moult arbres et plantes mellifères afin d’améliorer la bio-diversité, d’augmenter et d’améliorer la nourriture potentielle de ses avettes. 
Après trois journées de récolte à ce rythme il nous faut penser à extraire le miel. Rendez-vous donc dans la miellerie où nous désoperculons les hausses d’un coup de lame expert et les plaçons dans l’extracteur. Les mains sont plus que collantes mais quel plaisir de se lécher les doigts de ce miel « toutes fleurs » avant de se laver les mains pour passer à la mise en pot. Même si le rythme est rapide, c’est un moment propice à la discussion, une sorte d’arbre à palabres : nous parlons d’apiculture bien sûr mais aussi de nos vies personnelles et de l’Afrique dans laquelle je voyage chaque soir en lisant une partie de la thèse d’Yves et en dégustant la cuisine de Pascaline (bissap, tô, …). 
La semaine est finie, j'emmène dans mes bagages différents pots de miel qui seront mes m adeleines de Proust jusqu'à peut-être une prochaine visite au printemps ?

03 juillet 2012

Ma médiathèque idéale dans Kaizen

Le magazine Kaizen revient sur mon expérience de compost collectif à Paris dans son n° 3 de juillet mais il m'a également demandé de lui proposer ma "Médiatèque idéale" à découvrir ci-dessous : 

Ecouter 
1 / Jean-Louis Murat - CHEYENNE AUTUMN 
Nous avons quelques points communs : auvergnat (d’importation pour moi), teigneux (mais je me soigne) et viscéralement « paysan ». Et un morceau qui m’habite : Déjà deux siècles …89 
2/ Téléphone – Crache ton venin De ma passion du rock et de Téléphone en particulier j’ai gardé l’énergie et la rebellion contre l’ordre établi ou la fatalité. « si tu laisses quelqu’un prendre en main ton destin, c’est la fin … ». 
Lire 
3/ Le Petit Prince 
La bible de l’agnostique que je suis. En fait je suis croyant, je crois en l’homme surtout quand il sait s’occuper aussi bien d’une rose, qu’il est capable d’apprivoiser un renard ou qu’il est sensible à la magie des couchers de soleil . « On ne voit bien qu’avec son cœur, l’essentiel est invisible pour les yeux » … 
4/ Manuel de Transition – Rob Hopkins 
Comment concrétement réinveter l’économie de nos territoires pour qu’ils puissent devenir résilients face à la conjonction du dérèglement climatique (largement popularisé) et du pic pétrolier (moins connu et pourtant si important). Une méthode pragmatique basée sur l’intelligence collective et la joie de vivre. 

5/ L’Homme qui plantait des arbres - Giono et/ou le film d’animation éponyme 
Je l’ai beaucoup offert à des enfants comme un papa offre un train électrique pour se faire plaisir … Un peu déçu d’apprendre que l’histoire n’est pas vraie, ce qui n’enlève rien à sa beauté. J’ai depuis découvert la puissance immense de cet acte de planter un arbre pour aujourd’hui mais surtout pour demain. 
6/ Ecologica – André Gorz 
Il ne faut pas se cacher derrière son petit doigt, l’écologie politique est une remise en cause du système capitaliste, consumériste et productiviste. Ce recueil de textes permet d’appréhender l’essence de la réflexion et de la critique sociale de ce philosophe moderne.  
Regarder 
7/ Soleil Vert de Richard Fleischer 
Tout y est : nous sommes en 2021, dérèglement climatique, raréfaction des ressources, inégalités, émeutes de la faim … Espérons que ce long-métrage de science-fiction ne passera pas au rayon documentaire et qu’au soleil vert nous préférerons les légumes bio du jardin … 
8/ Ici Najac à vous la Terre de Jean-Henri Meunier
Un peu dingues mais tellement humains ces habitants de Najac qui résistent, comme un village de gaulois, à la sinistrose et à ce mode de vie qu’on veut nous imposer malgré nous. Comme eux, réveillons-nous et soyons fous ! 
9/ Le Syndrôme du Titanic de Nicolas Hulot 
Ce film n’a pas trouvé son public comme on dit pudiquement, tout comme son inspirateur ses militants dans la primaire écologiste ;-) Pourtant ce film est beau à pleurer dans le constat impitoyable qu’il fait de nos enjeux environnementaux, sociaux et économiques. Comme lui, « je ne suis pas né écologiste » … 
Kaizen magazine : Quel a été votre dernier, ou quel sera votre prochain petit pas pour tendre vers un monde plus harmonieux, plus équilibré ? 
Je reviens d’une formation en apiculture et repars cet été me former à la permaculture. Désapprendre, apprendre, ré-apprendre, c’est une piqûre d’humilité et d’ouverture d’esprit pour se mettre en mouvement vers une société en transition, résiliente, ré-inventée, plus harmonieuses et plus équilibrée … 

02 juillet 2012

Don't Warré, be happy-culteur !


Le compost est pour moi une boite de pandore … Après avoir initié un compost collectif au pied de mon immeuble à Paris il y a 4 ans, un jardin partagé a pris la suite logique du projet et enfin quelques ruches y ont été installées. Même si l’apiculteur qui conduit notre rucher m’initie progressivement à la pratique à chacune de ses visites, ces dernières sont trop peu fréquentes par rapport à mon appétit d’apprendre. Aussi ai-je décidé de m’inscrire à une formation d’une semaine d’initiation à l’apiculture.
C’est comme cela que je me retrouve en ce lundi de juin au lycée agro-environnemental de Tilloy les Mofflaines dans la banlieue d’Arras (62). Si le lycée est public, ma chambre d’internat est quelque peu monacale, peut-être un signe inconscient des religieux qui ont beaucoup œuvré et écrit sur l’apiculture* ;-) La cloche sonne et nous sommes accueillis par Sébastien, notre formateur. Il enseigne l’apiculture en formation continue et de façon plus générale la biologie dans ce lycée, il est bien entendu apiculteur amateur lui-même sans parler de sa participations aux activités du syndicat et du Groupement de Défense Sanitaire Apicole de la région.
Cette formation va pratiquement être du cours particulier puisque nous ne sommes que 6 stagiaires avec pour le moins des profils très différents, du néophyte complet aux amateurs plus ou moins éclairés et pratiquants qui ont déjà mis un peu la main à la … ruche mais souvent en étant accompagné. Ainsi Fanny est une future maraîchère bio qui souhaite compléter son activité d’un atelier rucher ; Lucien est un soudeur de métier et colombophile de passion, il vient d’acheter un terrain sur lequel traîne une ruche et comme il a lu que la propolis permettait de soigner naturellement les oiseaux … Olivier est employé d’une entreprise qui a installé des ruches sur son patrimoine et enfin Jean-Yves et Sophie enseignent dans le lycée agricole qui organise la formation. Jean-Yves a contracté le virus de cette passion au contact de Sébastien notre formateur notamment à l’occasion d’un voyage humanitaire apicole à Madagascar, Sophie a elle déjà 4 colonies à la maison. Notre objectif commun après cette semaine : pouvoir conduire un rucher en autonomie.
Jour 1 Notre formation alternera théorie chaque matin et pratique l’après-midi. Dés le premier matin on découvrira la biologie de base de nos nouvelles amies : anatomie, cycle évolutif, organisation de la colonie, différentes races, … Le rythme est soutenu, on en oublie la pause et c’est bien tard que nous allons déjeuner où la formation continue dans des discussions informelles et déjà passionnées. Bref, c’est peu dire que les stagiaires sont motivés ! Mais place à  la pratique, après avoir enfilé nos protections et embarqué le matériel, destination un verger où un rucher a été installé pour, au-delà de la récolte de miel, favoriser la pollinisation de ses arbres fruitiers. L’enfumoir allumé préviendra les abeilles que nous arrivons, on dit parfois également qu’il rassure l’apiculteur ;-) Voici enfin le moment magique de l’ouverture de la ruche. Quel envoûtement que le vrombissement de la colonie qui suit le jet de fumée blanche. Après quelques minutes, l’appréhension se maîtrise progressivement, enhardi j’enlève mes gants car comme tout bon jardinier qui veut sentir sa terre, ici toucher et délicatesse des gestes sont importants. Nous mettons des images sur la théorie du matin : de l’œuf au couvain, réserves de pollen et de miel, … Nous nous amusons à prendre en mains les faux bourdons parmi les abeilles. Comme un bon cavalier doit tomber mille fois, un apiculteur se fera piquer de nombreuses fois avant d’atteindre le Graal de saint Warré*. C’est fait, j’enlève le dard, la piqure est presque un baptême initiatique.
Jour 2 Ce matin mon doigt a un peu gonflé mais je suis fier de ma blessure de guerre qui prouve ma bravoure de la veille ;-) Le calendrier apicole est au programme de ce matin. Eh oui conduire un rucher n’est pas une sinécure, les abeilles domestiques demandent suivi et soins tout au long de l’année. Notre enthousiasme et notre curiosité ne sont pas émoussés. Les questions fusent, difficile pour le formateur de contenir toutes les demandes sur des points qu’il est prévu d’aborder dans les jours à venir. L’après-midi dans un autre rucher passe vite et pourtant nous avons ouvert une dizaine de ruches, analysé leur état (bourdonneuse, orpheline), cherché, parfois trouvé et marqué la reine, réintroduit des cellules royales , …  Nous sommes comblés de voir tous ces cas de figure. Pas de piqûre aujourd’hui mais je me suis brûlé le pouce sur l’enfumoir, le métier rentre ! Et comme hier déjà, ce soir je sens la fumée comme si j’avais passé ma journée devant un feu de bois. C’est bien fatigué et des images d’abeilles plein la tête que je vais tomber dans les bras non pas de Morphée mais d’Apis mellifera mellifera.
Jour 3 L’élevage de reines et les règles d’implantation du rucher sont au menu du matin. Nous visitons l’après-midi un nouveau rucher dont certaines ruches sont suspectées de pathologie. Le rapport de visite de la première ruche est parfait, du couvain en masse, du pollen à revendre (nous en récupérons d’ailleurs dans la trappe adhoc), du miel en stock et une grande activité dans laquelle nous repérons quand même la reine qui sera marquée. Les visites des 4 autres ruches déboucheront sur le constat de la présence d’un virus. Comme tout animal l’abeille peut aussi souffrir de maladies. Voici un beau cas d’école un peu en avance sur notre cours sanitaire. Les ruches malades vont être emmenées pour être mis en quarantaine afin d’éviter la contagion. Avec un peu de chance les avettes arriveront à combattre seules la maladie et surviveront car à ce jour point de médicament pour soigner ce mal. Au retour à la miellerie tout notre matériel sera désinfecté au chalumeau, à l’eau de javel, à l’alcool …
Jour 4 Une matinée de bon goût puisqu’il sera question des produits de la ruche. Pollen, gelée royale, propolis et bien évidemment miel. Après avoir abordé la constitution de ces produits, leur récolte, conditionnement et commercialisation nous dégusterons différents miels : du plus local produit sur le site de Tilloye aux plus lointains (un miel de litchie et un autre de framboisier en provenance de Madagascar), du plus solide (un miel de colza) au plus liquide en passant par un crémeux (du Queyras), quelle abnégation que celle de l’élève apiculteur ! L’après-midi se déroulera à la miellerie où nous découvrons le matériel de récolte et de conditionnement (bac de désoperculation, maturateur et extracteur). Comme tous les greniers, celui de la miellerie ne manque pas de ressources. Après avoir passé en revue les nombreux modèles de ruches existant (Dadant, Warré, Langstroth sans parler de quelques antiquités), place à l’atelier bricolage pendant lequel nous filons des cadres puis y fixons des plaques de cire gaufrées en y faisant circuler un courant bas voltage.
Jour 5 Dans cette ultime journée il sera question des différentes pathologies auxquelles peuvent être confrontées les colonies. Sur les 29 agents pathogènes qui agressent nos amies, un seul, le varroa, peut être traité avec un médicament. Mais comme le dit Sébastien, on gère le varroa mais on ne peut l’éradiquer. Loque américaine et européenne, mycose, nosémose et fausse teigne finissent de nous refroidir un peu mais nous comprenons également que mieux nous nous occuperons de nos colonies et plus elles auront la capacité d’y résister. Avant de se quitter pour aller mettre en application notre apprentissage nous irons enrucher 2 colonies et disperser les habitantes d’une ruche bourdonneuse.
Une semaine riche en émotions et sensations. La découverte d’une organisation sociale et d’une intelligence collective dont nous avons sûrement à apprendre … mais aussi celle d’un animal aussi mystérieux qu’attirant que Michelet qualifiait de « pontife ailé de l’hymen des fleurs ».
*L’abbé Warré a écrit le traité « L’apiculture pour tous » et a donné son nom à un type de ruche encore appelée « ruche populaire ». Frère Adam a créé une race hybride la Buckfast.
nb : je vous recommande ce livre qui vient de sortir : «Une vie pour les abeilles», un échange entre Henri Clément, apiculteur cévenol et porte parlole de l’Union Nationale de l’apiculture française, et le journaliste Philippe Bertrand.
Photo 1 Copyright Anne-Lore Mesnage 

05 juin 2012

Mettre les mains dans ... le compost

Tel un Clark Kent enfilant son costume de super héros ;-) , JJ & DD se transforme parfois en Super-Compostory en passant son tablier de Maître-Composteur ...

20 mai 2012

Ma bohème californienne à Fairfax la soutenable


Il y a deux ans, pour les vacances d’été, au hasard d'un échange d'appartement je découvre et vis quelques semaines à Fairfax, bourgade de 7 500 habitants située dans la baie de San Fransisco, dans le Marin County : un modèle d’écologie au quotidien.
Article écrit en Aout 2010 - réactualisé en 2012
Ma maire est verte 
En 2003, Fairfax fut la quatrième municipalité dans l’histoire des Etats-unis à basculer dans le « vert » avec une majorité  de représentant du Green Party au conseil municipal dont une femme, Pam Hartwell-Herrero, qui est depuis 2011 le(a) maire de la ville.
Développement à taille humain et respect de l’environnement sont dans les gènes de cette commune paisible rejointe massivement dans les années 60/70 par de nombreux hippies venus de San Fransisco, même si ceux qu’on y croise aujourd’hui sont peu nombreux et ont pris un sacré coup de vieux !  Mais l’esprit est toujours là. La ville interdit par exemple l’implantation de magasins de chaines. Une citoyenne m’a un jour demandé si c’était vrai que Mc Donald’s était maintenant présent en France et à ma réponse positive elle me (nous) conseilla de faire la révolution ! 
La municipalité de Fairfax s’est également battue pour interdire les sacs en plastique dans les commerces locaux, une lutte longue et acharnée car cette décision fut attaquée par le lobby de ses fabricants et fut enfin acquise suite à un référendum en 2009. La Ville s’est également opposée à l’utilisation d’herbicides dans son bassin versant comme à la pulvérisation aérienne de pesticides contre la pyrale de la pomme (LBAM). Pro-active elle a réalisé son bilan carbone dés 2005 et s’est engagée à une réduction de 20 % de ses Gaz à Effet de Serre pour 2050. Elle a aussi fait partie des communes militant pour l’éviction de PG&E (l’EDF local) pour lui préférer sur son territoire Marin Clean Energy un fournisseur local d’énergie renouvelable. Fairfax est également l’une des premières villes du réseau Slowcitta, une déclinaison du Slow Food à l’échelle d’une cité. Enfin à l'été 2011 Fairfax a lancé sa monnaie locale, le Fairbuck (valeur de 3 dollars), acceptée par une trentaine de commerces. La vie démocratique et la concertation y sont fortement développées et la notion de communauté de vie y est importante.
Sustainability Center 
En 1999 deux militantes écologistes locales, Rebekah Collins et Odessa Wolfe, ont créé Sustainable Fairfax, une association d’éducation à l’environnement qui a, depuis 2007, pignon sur rue en face de la Mairie dans la rue principale du village. Ce type de centre pédagogique est encore rare aux Etats-Unis et en tous les cas exceptionnel pour une bourgade de 7 000 âmes ; nos point Info Enérgie font pâle figure en comparaison …
Le Sustainability Center est tout d’abord un lieu de ressources : une bibliothèque (à la mémoire de Rachel Carson – ndlr auteur du Printemps Silencieux récemment réédité en poche) permet d’emprunter différents ouvrages sur l’écologie quand de nombreux prospectus et brochures sur l’éco-responsabilité (eau, agriculture, déchets, énergie, …) sont proposés gratuitement. Dans la cour, à l’arrière du centre, on trouve un jardin pédagogique qui présente différentes techniques de jardinage écologique : compost , récupération d’eau, permaculture, association de plantes, Victory Garden (petits potagers domestiques préconisés par le gouvernement pendant la deuxième guerre mondiale pour être auto-suffisant), …
Mais le Sustainability Center propose également, hors les murs, une multitude d’autres animations pédagogiques : projection de films et documentaires, ateliers (« entretenir sa maison de façon écolo et pas chère » par exemple), conférences et séance de dédicaces, visites de fermes biologiques ou de jardins exemplaire,... L’apothéose annuelle de ce programme a lieu mi juin avec l’Ecofest qui, depuis 2004, propose une projection de film en plein air, des dégustations de vins et bières bio, des stands de nombreuses associations et acteurs de l’économie verte, des concerts et bien évidemment une « parade » haute en couleurs dont sont tant friands les américains.

Bio à tous les étages Fairfax compte un florilège de commerces biologiques. Ah, quel bonheur de ne pas avoir à chercher ou à faire des kilomètres pour trouver un supermarché, un restaurant, un commerce bio ou végétarien : le supermarché alimentaire Good Earth Natural Foods, les glaces Scoop, la bière Iron Springs , l’indien Café Lotus, le végétarien Lydia’s Organics, la boulangerie Fat Angel, même le hamburger ou le hot dog sont bio chez M&G comme les pizzas Mauro, sans oublier l'été le petit marché de petits producteurs. 
Un Scoop glacé et biologique
Le soir et le week-end la file d’attente devant chez Scoop est célèbre à Fairfax. On fait la queue dans la bonne humeur pour déguster une glace artisanale biologique dont le cornet, fait lui aussi maison sous vos yeux, est la cerise sur le gâteau de ce dessert glacé. Lait, fruits et autres ingrédients sont issus de producteurs locaux sont à la base de différents parfums dont les best sellers ont pour nom « Fraise de la baie de Tomales », « Vanille-miel-lavande » ou encore « Canelle-caramel ». On est loin de la multinationale : la boutique fait un mètre de large sur cinq de long et on nous explique que prendre plus de personnel accélérerait peut-être un peu le service mais que la production étant limitée par la taille de la cuisine et le nombre de bacs de présentation (8 : les parfums tournent régulièrement) l’échoppe serait amenée à fermer dans la journée faute de produits à vendre (ce qui arrive néanmoins ponctuellement). 
Marché et supermarchés pour une Bonne Terre 

L’appétance du supermaché Good Earth Natural Foods renvoie l’image de nos supermarchés Biocoop (qui sont pourtant en France les supermarchés bios les plus avancés) à celle des échoppes de l’ére soviétique ! J’ai passé des heures dans ce supermarché à me régaler les yeux et me lécher les babines : il faut reconnaître aux américains un sens certain de la présentation des fruits et légumes. Et le « fait maison » est tout aussi appétissant : bar à salades (les ingrédients changent tous les jours), pains variés, pizzas, jus de fruits et de légumes préparés sous vos yeux, le tout à déguster sous une tonnelle installée devant le magasin. Les fromages sont nombreux et goûteux, le vrac important (la farine n’y est par exemple vendu que dans ce conditionnement), l’étal du boucher (majoritairement du poulet) donnerait des remords à un végétarien fraîchement converti… Ces produits biologiques sont relativement chers mais pas plus qu’en France. Le magasin n’est pas un perdreau de l’année puisqu’il fut le pionnier des magasins bio du Marin County en 1969 ! Même s’il vient de déménager pour s’agrandir, il n’a aucune velléité de devenir une chaîne. Sur le mur extérieur de l’enseigne, une fresque militante, affiche dans un style hippie-kitch-naïf, les valeurs militante de Good Earth (bio, local, sans OGM, …).
Les Farmers Market sont assez répandus en Californie mais celui de Fairfax a la caractéristique de présenter majoritairement des producteurs biologiques du comté. L’étiquette « ground locally » est omniprésente dans la région qui, ne l’oublions pas, est le berceau des locavore. Tout l’été, à l’ombre des pins du Bolinas Park, le mercredi soir, les citoyens de Fairfax viennent bien sûr faire leurs emplettes mais aussi se retrouver. Chacun amène son plaid et va, le temps de quelques heures, dîner sur l’herbe avec le piquenique qu’il a apporté ou un plat acheté aux nombreux traiteurs bio du marché. La communauté partage ainsi un moment de convivialité égayé par des musiciens quand les enfants gambadent dans le parc.
Pinpon, une bière 
Il fait chaud en Californie en ce début d’été. On boirait bien une petite mousse … vous ne mourrez pas de soif car une ambulance vient vous livrer une bière bio, son slogan « Saving lives, one beer at a time ! » (SPB - Société de Protection par la Bière) ! L’Iron Springs est effectivement brassée à Fairfax et le fondateur Mike Altman a transformé une ancienne ambulance en véhicule de livraison en la rebaptisant Am-BREW-lance (jeu de mot : brew = brasser pour ceux qui ne speak pas english) ! Mais ce véhicule est aussi remarquable par son carburant qui n’est autre que l’huile de friture usagée et filtrée du pub du même nom. Les drêches, résidus du brassage, sont par ailleurs utilisées par des fermiers locaux pour nourrir leur bétail.


Oui Fairfax, « The little town that could », petit laboratoire progressiste de la Californie, a un petit goût de paradis pour qui aime vivre bio et écolo au quotidien. Mais néanmoins pas d’angélisme, Fairfax peut encore aller plus loin dans de nombreux domaines à commencer par exemple par celui de la voiture qui reste, même ici, omniprésente et imposante. 

27 avril 2012

Un Tryo d'anti-greenwashing



Les paroles : Lyrics Greenwashing Tryo
Premier extrait de l'album "Ladilafé" du groupe Tryo, sortie le 27 août prochain 2012.

08 février 2012

Amour Vaches

Quand j’étais gamin, j’ai passé certains de mes étés à mener au pré deux fois par jour les vaches de Raoul, fermier de la Bastide, petit hameau du haut Cantal. Ce n’est donc sûrement pas par hasard si Bovines* m’a séduit.

Même si les Charolaises n’ont pas la même couleur que mes Salers, elles en ont la poésie que ce long métrage met en lumière, Et quelles lumières ! Celle de l’orage qui gronde, du soleil du printemps qui frémit, de la brume du matin qui s’évapore.
Macrocosmos
Bovines, c’est tout d’abord le Macrocosmos du ruminant qui les dévisage lentement en gros plans : paître, mastiquer, ruminer. Contrairement aux idées reçues, quelle humanité dans le regard d’une vache ! Et que dire de cette langue - de bœuf sauce gribiche ;-) - qui inlassablement arrache touffe sur touffe. Elle sera tantôt agile au point d’aller secouer un pommier, tantôt douce pour lécher son petit ou goulue pour têter sa maman.
Slow Cow 
Ce film saura t il trouver un public capable de regarder une heure durant des vaches au pâturage, sans intrigue que celle de la nonchalence du quotidien ou du stakhanovisme du broutage ? …Quotidien tout de même ponctué de la mise à bas dans l’herbe du pré d’un veau qu’on a envie de réchauffer tellement il grelotte dans les frimas du matin. Quotidien également troublé des meuglements pour ne pas dire des pleurs des vaches qui voient partir à jamais leurs petits dans la bétaillère... 
Moi aussi je suis vache, j’adore me prélasser dans l’herbe, et comme elles je suis (devenu) végétarien.
*Sortie le 22/2/2012

31 janvier 2012

Et si on écrivait Ordure en deux mots : or dur ? ...

Retrouvez-moi en couverture ;-) et en interview dans le premier tome d'une nouvelle collection intitulée Itinéraire Bis chez Elka Editions. L'une des quatre enquêtes éco-citoyennes de cet opus traite des "Ressources cachées de nos poubelles" et le compostage y est donc évidemment mis à l'honneur. 
Extrait de l'interview du Maître... Composteur.

Itinéraire Bis. On vous présente souvent comme le pionnier du compost collectif en pied d’immeuble à Paris ?
Jean-Jacques Fasquel. C’est effectivement mon fait d’armes (rires). En fait il y a quelques années j’ai changé de paradigme et j’ai revu ma façon de vivre au travers du filtre de la soutenabilité. En commençant par me poser des questions sur mes déchets. Quand certains pensaient à la présidentielle en se rasant moi je pensais au compost en épluchant. Voilà comment j’en suis venu à envisager un projet de compostage collectif dans mon immeuble parisien en 2007. À cette époque les expériences de ce type de projet urbain n’étaient pas légion même si j’ai pu me nourrir notamment du retour d’expérience de Rennes Métropole. 
Et c’est ainsi qu’après une année d’explications et de pédagogie auprès des différentes parties prenantes (bailleur, municipalité, association des locataires, locataires, …) nous nous sommes retrouvés en juin 2008 à une vingtaine de volontaires pour inaugurer notre site de compostage. 

I.B. Vous parlez d’un moment magique ?
J.J.F. Oui la magie a commencé à opérer. J’ai toujours de l’émotion à me remémorer ce moment où des personnes qui ne se connaissaient pas, de tous âges (du minot de 5 ans à Renée notre doyenne de 80 ans), de tous horizons sociaux, se sont réunies pour cette aventure collective partagée pleine de sens.
Cela allait bien au-delà de l’intérêt commun de ces habitants de traiter de façon citoyenne en proximité une partie de leurs déchets. Très vite un bouche à oreille positif s’est développé dans la résidence et 3 ans après nous sommes plus de 70 foyers à composter plus de 7 tonnes de déchets. Et l’histoire a montré que les « Composteurs du 107 » n’allaient pas en rester à ce projet de compostage. 

I.B. Vous dites souvent que le compost rend intelligent et fier. 
J.J.F. Effectivement, intelligent car cela vous amène à une réflexion sur l’écosystème parfait de la nature, sur le traitement actuel des déchets, sur la prévention et les modes de traitement alternatifs, mais aussi sur ce que vous mangez. Si votre bio- seau reste désespérément vide, il y a fort à parier que vous vous nourrissez majoritairement de surgelés, boites de conserves et autres plats préparés… Alors que voir se remplir son bio-seau d’épluchures rend fier, il est synonyme du temps et de l’attention que vous passez à faire vos achats et à la préparation de vos repas et on note que de nombreuses personnes qui compostent achètent plus de produits frais, refont de la cuisine ou passent petit à petit au bio en se disant que non seulement ceci sera meilleur pour leur santé, leur environnement et que le compost produit sera lui aussi de meilleure qualité.
.... la suite de l'entretien à lire dans le premier tome d'Itinéraire Bis

13 janvier 2012

2012... Et si la bonne idée c'était nous ?

Photo non libre de droits © Anne-Lore Mesnage

28 décembre 2011

WWOOF 2, le retour : aux Jardins de Toucanne

C’est Place des Lices, sur le marché de Rennes, que Louis m’avait donné rendez-vous pour ma deuxième expérience de WWOOFing* de l’été. En ce samedi de début d’août je n’ai pas de mal à trouver son étal, « mon stand est en face des poissonniers » m’avait-il précisé et son enseigne légumière peinte à la main finit de m’orienter. 
Il pleut, il pleut, bergère … 
C’est sous la pluie que se déroule notre rencontre, les clients sont du coup moins nombreux, ce qui nous laisse le temps de faire connaissance plus avant. Pas facile de débouler dans la vie professionnelle de quelqu’un comme cela en pleine activité commerciale. Le challenge : s’adapter vite. Regarder la façon de faire (il fait ses comptes à la main), mémoriser les prix (un peu effacés par la pluie) et les produits (pas moins de 10 sortes de tomate presque autant de courges et courgettes), les us et coutumes (le petit légume offert, on laisse se servir les clients), puis petit à petit se lancer en servant un premier client quand les acheteurs sont plus nombreux. Louis me laisse faire tout en jetant un œil bienveillant. Il est 13h30, on remballe. Avant de partir Louis fait cadeau de légumes à quelques glaneurs étudiants ou roms qui font le tour des échoppes. 
Le trajet du retour vers les Jardins de Toucanne me permet d’en apprendre un peu plus sur le parcours de mon hôte. Après un BTS agricole en élevage c’est au Cameroun qu’il part comme volontaire d’une ONG pour épauler des Peuls dans l’élevage de zébus. Après quelques années il doit revenir, les crédits du programme de développement en question sont coupés alors qu’il se lançait dans un projet d’apiculture. Chaque année il ne peut résister à l’appel de l’Afrique et y retourne quelques semaines en hiver. Il passera ensuite deux années aux Etats-Unis, à étudier l’apiculture à Minneapolis puis à faire des stages dans différentes exploitations américaines. A son retour en France, plusieurs projets d’installation (apiculture, élevage, ferme-auberge) avortent et c’est dans une formation à l’agriculture bio qu’il va se révéler et trouver sa vocation.
L’arche de … Louis 

Il s’est installé en maraîchage bio à Boisgervilly à 35 km de Rennes, il y a une dizaine d’années, dans une vielle longère de schiste centenaire qui appartenait à ses parents, agriculteurs. Il exploite 1,5 hectares pour produire fruits (raisin, fraises, pommes, poires, mûres, prunes, rhubarbe, figues, …) et légumes (tomates, cucurbitacées diverses, poivrons, poireaux, pommes de terre, oignons, herbes aromatiques, betteraves, …). Sur 5 hectares de prairies paissent quelques vaches allaitantes (Bretonne Pie Noire) et s’ébrouent 2 chevaux qu’il monte à l’occasion en balade. Sans oublier une basse-cour de poules et canards sous l’autorité de quelques paons. Et quatre chats et deux chiens, Max et Tao, qui vivent en douce harmonie. 
Même si c’est la pleine saison de production, Louis sait prendre le temps. Et en donner aux autres. Il a à cœur d’emmener ses WWOOFers visiter la région ou assister aux événements culturels alentours, il est d’ailleurs le président de l’association A Ressort. J’irai ainsi assister le dimanche de mon arrivée à une lecture à Bécherel, joli petit village dédié aux livres, et écouter un concert de la « fanfare à la conque » Les Chevals à l’Apéro’Zique à St Pern.
Les œufs de Pâques 
Mais c’est lundi et il faut quand même s’y mettre ! Sans pleurer je ramasse divers oignons qui avaient été mis à sécher et que nous monterons ensuite au grenier. Suit une journée de chasse aux chénopodes qui ont envahi le champ de courges. Quelques confitures plus tard et après un repas auquel Louis à invité Sarah, une maraîchère bio qui vient de s’installer à quelques kilomètres, je m’endors sereinement dans la petite caravane qui est mon « chez moi » pendant cette semaine. 
Mardi commence par une cueillette de prunes : comme un enfant à Pâques je suis tout excité de découvrir dans l’herbe toujours plus de prunes que nous avons fait tomber en secouant l’arbre. Je le suis moins dans ma prochaine tâche : exterminer les chardons qui ont envahi la prairie. Armé d’une faucille, je coupe ces piquants en fleurs avant qu’ils ne sèment à tout vent leurs graines. L’après-midi, pendant que Louis va livrer en ville quelques commandes, j’en profite pour rendre visite à Sarah rencontrée quelques jours plus tôt. Elle me fait visiter sa jeune exploitation qui sert une AMAP rennaise.
On est dans  la merde ! 
Le mercredi, une fois par an, chez Louis c’est pas raviolis mais … fumier. Néanmoins, pas de surprise de ma part car lors de nos échanges épistolaires préparatoires à ma venue, Louis m’avait écrit qu’il « pensait prévoir un chantier de nettoyage du fumier de la baraque des vaches (c’est un peu ta partie le compostage) » ;-). Aidés de son ami Olivier aux commandes du tracteur, nous sortons à la fourche plus de 5 remorques de fumier qui, après compostage, viendront amender les Jardins de Toucanne.
Le jeudi soir, Louis fait le marché d’Iffendic, petit bourg situé à quelques kilomètres de la ferme. Il nous faut donc récolter les produits. L’affluence est faible mais Louis a quelques habitués qui passent autant pour acheter des légumes que pour discuter un peu. Nous passerons la soirée chez Séverine qui vend des galettes bio sur ce même marché et qui, ce soir, organise une fête. Une auberge espagnole qui accueille artistes et amis avec en animation un concert du groupe Aspirateur de Langue. Dure, la vie de WWOOFer ! 
Le réveil du vendredi est … plus difficile eu égard aux agapes de la veille. Mais pas de temps à perdre car les quantités à récolter pour le grand marché hebdomadaire de Rennes du lendemain sont conséquentes et il ne faut pas chômer. Mais là encore Louis sait prendre et donner du temps car il ne veut pas que je reparte sans avoir bu le café chez la célèbre Marie Berthier (87 ans) qui tient un bar dans son château du XVIIème siécle à Lou-du-Lac, sa commune d’enfance. Dernier et toujours succulent repas végétarien pris en commun et il est temps de préparer mon sac car demain les trompettes sonneront bien tôt.
Tous en Lice
Il est 5h, Boisgervilly s’éveille et nous voici dans la nuit en route vers la même place des Lices où j’avais rencontré Louis il y a une semaine. Chouette, la météo s’est trompée, il ne pleut pas. Il est tout juste 6 h, déjà nombreux sont les commerçants à s’être installés, quelques fêtards passent, la ville se réveille doucement comme les clients qui arrivent progressivement. Il est agréable d’en reconnaître certains, de se souvenir de leur achat de la semaine passée. Presque plus d’hésitation pour vendre, ré-achalander, renseigner, … et une certaine fierté de vendre des produits que j’ai participé à récolter mais aussi mangés pour ne pas dire dégustés. Le train de 13h m’attend et je quitte Louis à regrets car au-delà du partage du quotidien d’un maraîcher bio, j’ai également fait une belle rencontre humaine. 

* Le WWOOFing consiste à travailler bénévolement (une trentaine d'heures par semaine) dans une exploitation agricole en échange du gîte et du couvert.

23 décembre 2011

L'homme qui plantait des arbres

 
Il y a quelques temps nous avons planté dans le jardin partagé de ma résidence deux arbres fruitiers. J’avais pris du plaisir à ce moment convivial mais ce n’est que quelques jours … et nuits plus tard que j’ai réellement pris conscience de l'importance et du sens de ce geste qui m'avait paru de prime abord assez anodin. 
En fait cette plantation a fait écho à deux souvenirs. Tout d’abord aux images du film Cultures en transition montrant des habitants de Totnes plantant des dizaines de noyers dans leur ville … en transition. Le deuxième souvenir, ce sont les mots de Giono dit par la douce voix de Philippe Noiret en harmonie avec les pastels des illustrations du film «L'homme qui plantait des arbres» du livre éponyme. 
On ne plante pas pour tout de suite, on ne plante pas juste pour soi mais pour plus tard et pour les autres. Tel Colbert qui plantait des milliers de chênes pour construire les bateaux que la Marine utiliserait deux cent ans après ! Mais que les gourmands se rassurent, nous devrions nous régaler de nos premières cerises et pommes dans deux ans, putain deux ans … 

28 octobre 2011

En 2012, je me présente !

Citoyens, réveillons-nous 
et reprenons en main notre destin !
Photo  © Anne-Lore Mesnage

30 août 2011

Plus de bruit !

J'étais invité début juillet à suivre les délibérations du jury du premier "Raffut" pour élire l'événement grand public de l'année. Comme le rappelait justement le dossier de presse, la définition du raffut c'est "un grand bruit fait par des personnes qui parlent fort, s'amusent, crient ou se disputent". Il est assez surprenant qu'une partie de la profession de l'événementiel puisse se donner comme simple critère de succès d'une production, fut-elle grand public, d'avoir "bénéficier d'une large amplification". Un seul objectif quantitatif sans évaluation du message transmis ou des résultats produits (ventes, notoriété, communion, ...) alors que c'est bien sa spécificité qualitative qui fait qu'aujourd'hui l’évènementiel est probablement "une alternative globale à la publicité traditionnelle".
La soirée qui accompagnait la remise des prix était totalement (in)cohérente puisqu'avait été privatisée la rue Princesse encore appelée "la rue de la soif" :  les estaminets étaient rebaptisés aux noms des agences organisatrices et l'alcool coulait à flot ... quand il était possible d'accéder jusqu'au bar.  Là encore les professionnels concernés ont fait du raffut pour ne pas dire du tapage diurne puis nocturne - autre sens rappelé dans le dossier de presse ;-). Le voisinage a du apprécié la Responsabilité Sociétale de la profession et aurait légitimement pu faire lui aussi un raffut (autre sens de raffut : esclandre) auprès des autorités.
Si les organisateurs avaient comme objectif de fêter entre eux le début des vacances, pourquoi pas, mais malheureusement on nous précisait que l'un des buts du Raffut était bien de "structurer le métier", "instaurer une ligne de conduite, des règles sur ce qui fonctionne ou pas". Eh bien il faudra en tirer les leçons, ce qui ne fonctionne pas c'est de faire du bruit pour du bruit. C'est tout sauf de la communication. Seul mérite de l'initiative : avoir posé la question de ce qu'est l’évènement en 2011.

18 août 2011

Mes biens chers frères

L'autre soir (il y a déjà longtemps, j’en conviens) j'entendais sur France Inter Iegor Gran, auteur de "l’Ecologie en bas de chez moi", développer deux thèses : l’écologie est devenue une église intégriste et chacun doit pouvoir être libre de ne pas suivre les diktats de ses curés verts. 
Même si l'auteur a fait de la provocation son fonds de commerce pour vendre du papier, comment peut-on avoir aussi peu de recul pour sortir de telles réflexions primaires ? 
Que diable, la seule église qui aujourd’hui impose ses vues à l'humanité n’est pas celle de l’écologie mais bien celle de la Trés Sainte Consommation dont les prédicateurs-publicitaires nous appellent à fréquenter ses temples-hypermarchés. La Croisade des temps modernes est celle de l’OMC, ses templiers se nomment Coca-Cola, Monsanto ou Nestlé. Et c'est sur l'autel du profit à tout prix qu'on brûle la pucelle de la culture vivrière, locale et biologique.
Croire qu’être libre c’est pouvoir acheter un 4X4 parce qu’on en a juste très envie c’est faire peu de cas de l’intelligence humaine. Ce qu’on prend pour de la liberté n’est que le résultat d’une grossière et machiavélique manipulation qui crée non seulement le besoin mais, plus grave, la frustration, terreau de la violence et des extrémismes que connaissent nos sociétés.
Croire qu’être libre c’est d’avoir le libre arbitre de ne pas trier ses déchets, c’est tout simplement l'expression de l’égoïsme primaire qui sommeille en chacun de nous. Raisonnons par l’absurde, si trier est une atteinte à ma liberté, avoir à mettre des déchets dans une poubelle en est aussi une, alors jetons nos ordures par la fenêtre comme autrefois et on verra qui revient à l’âge de la bougie, le curé écologiste ou le libéral moderne !
On pourra me reprocher mon manque d'humour mais j'ai peur d'avoir compris qu'il n'y avait point de réel second degré dans ce pamphlet.

04 août 2011

Chantal, la globe-trotter du Trégor

Sous ma casquette de rédacteur, j'écris régu-lièrement le portrait de certains  salariés d'Emeraude Créationentreprise adaptée (80 % de salariés handicapés) de LannionVoici celui de Chantal, un sacré petit bout de bonne femme !
Quand j’ai expliqué à Chantal que je voulais écrire son histoire, elle m’a répondu que « des histoires, elles n’en voulait pas » ! Passé ce moment d’appréhension (ou ce mot d’humour ?...), Chantal a commencé à me raconter tout d’abord son enfance « à la dure » dans une famille de 15 enfants. Mais très vite, elle est passée aux beaux souvenirs de ses 20 ans. Une dizaine d’années à suivre ou à rejoindre son conjoint dans ses pérégrinations professionnelles sur différents chantiers à l’étranger. Une vie de voyages de l’Afrique (l’Egypte en Concorde !) à l’Australie, partout en Europe à l’exception de … la Corse. Une vie de nomade, parfois en caravane, qu’elle a adorée. Mais la belle histoire finit par une séparation qui plonge Chantal dans le désarroi d’autant qu’elle est jeune maman, sans véritable métier et qu’elle ne sait ni lire ni écrire. 
Des yaourts, des peluches, ...
Mais Chantal n’est pas du genre à se laisser abattre. Après de petits boulots dans la restauration et les travaux saisonniers des champs (« patates », haricots), elle intégrera dans les années 80 l’équipe d’Emeraude ID qui s’appelait alors l’ARPTH (Association pour le Reclassement Professionnel des Travailleurs Handicapés) et dont l’activité était la production de produits laitiers. « On fabriquait du fromage et du crottin », se rappelle-t-elle, « et des yaourts avec de jolis couvercles dorés ». Quand cette activité périclite, elle rebondit dans une autre entreprise d’insertion et y fera des peluches. Elle en a encore chez elle : des lapins, des nounours et même des girafes !
Maman, les ptits bateaux
Elle réintègre quelque temps plus tard les rangs d’Emeraude ID. Parce qu’elle est méticuleuse, elle brillera dans la peinture et la finition des produits de décoration, nouvelle activité de l’association : demi-coques de bateau et phares bretons. Depuis qu’Emeraude est passé à la production de composteurs, Chantal, après avoir été en charge du vissage des panneaux de bois, s’occupent désormais du montage des couvercles : pointage, agrafage et pose des charnières sont de sa responsabilité.
Les cours d’orthophonie et les Ateliers de Savoirs Fondamentaux proposés par Emeraude ID lui ont fait le plus grand bien et l’aide à surmonter quelque peu son handicap d’analphabétisme qu’elle explique avec simplicité comme conséquence d’une méningite contractée en bas âge.
Au boulot, elle est discrète et ne fait pas de vagues mais « quand j’ai quelque chose à dire, je le dis - faut pas m’em…der », et nombreux sont d’ailleurs ceux qui viennent se confier à elle, « presque trop » rajoute-telle, car elle a déjà ses soucis.
Faites vos jeux ...
Mais il y a une vie en dehors du travail ! Son grand plaisir, c’est d’aller jouer quelques euros dans un des casinos de la côte d’Emeraude. Elle se transforme alors et se sent « l’égale des autres », parfois même un peu « bêcheuse ». Si elle qualifie de « vice » cette passion, elle exagère. Chantal sait compter et non seulement elle limite sa sortie à une fois par mois mais elle met de côté un petit billet de temps en temps (son « argent de poche ») en vue de cette sortie. Ses autres simples petits plaisirs ? Un Mc Do ou un kebab de temps en temps, une sortie en boite n’est pas pour lui déplaire comme un ciné où elle préférera les films d’horreur, de science-fiction ou d’aventure. Elle a arrêté récemment l’équitation en raison de problème de dos mais compense avec le vélo ou encore avec une partie de tennis avec sa fille dont elle est si fière de la situation.
C’est sûrement dans les yeux bleus de Chantal que pourriez voir la tranche de vie de ce sacré petit bout de bonne femme si attachante qu’on croise chez Emeraude Création. Mais ses yeux vous ne les verrez pas car Chantal n’aime pas être photographiée et nous respectons son souhait. Mais, faites-moi confiance …

23 juillet 2011

Des vacances de WWOOF !

Cet été, plutôt que de bronzer idiot ou de faire péter mon compteur CO2 comme l’année dernière (voir Green Fairfax), j’ai choisi de partager le quotidien d’une ferme conduite en agriculture biologique en devenant WWOOFer. Le WWOOFing consiste à travailler bénévolement (une trentaine d'heures par semaine) dans une exploitation agricole en échange du gîte et du couvert. Après avoir surfé sur le site du WWOOF France j’ai jeté mon dévolu sur la ferme de François Le Tron qui exploite, depuis une vingtaine d’années, 1,5 hectares en maraîchage bio à Bréhat.
L’île aux tracteurs
C'est ainsi qu'en ce vendredi de début juillet, après quelques minutes de traversée, je débarque sur l’île de Bréhat, encore appelée l’île aux fleurs … ou l’île aux tracteurs, seuls véhicules motorisés à y être autorisés. Une bonne demi-heure de marche vers le Nord plus tard, me voici devant la ferme de Kervilon et son « mini-marché » dont François m’avait parlé dans son mail.  Des touristes prennent d’ailleurs en photo l’étal de fruits et légumes et surtout son panonceau «servez-vous et mettez l’argent dans la boîte » dont ils ne reviennent toujours pas. Effectivement point de vendeur, pas plus que de maraîcher d’ailleurs … Je frappe à la porte de la petite maison dans la prairie dans le jardin et François et Marion, mes hôtes, m’ouvrent. Mais l’heure n’est pas aux longues civilités car je tombe … mal … c’est l’heure de la sieste, sacrée chez nos deux Bréhatins.
La main à la pâte
Je les laisse donc aux bras de Morphée pour tomber dans ceux de Philippe et Marie-Laure. Ces derniers sont agriculteurs dans la Mayenne et ont eu l’idée un peu folle de venir passer leur été chez leurs amis François et Marion pour y produire du pain bio au feu de bois comme ils le font à l’année chez eux ! J’aurai ainsi l’occasion de mettre la main à la pâte au propre comme au figuré !
Mais toute bonne sieste a une fin, les véritables présentations se font alors autour d’un goûter dans la grande pièce à vivre. Après un coup d'oeil aux toilettes sèches qui trônent comme un totem dans le jardin, on m'attribue une chambrette quand d'autres WWOOFers sont installés sous la tente, dans la maison ou encore dans une maison construite ... en palettes (excellent moyen de réutiliser ce déchets non recyclable sur l'île).  Mais c'est déjà la fin d’après-midi et place aux choses sérieuses, nous partons aux champs dans la remorque du tracteur qui n’est pas sans me rappeler les fenaisons d’été de mon adolescence en Auvergne. Trêve de rêverie, il faut penser aux récoltes du lendemain et me voici sous l’aile du sieur François à déterrer quelques kilos de pommes de terre avec un croc,  couper les derniers artichauts de la saison ou cueillir quelques fraises ou des Borloto (c’est comme des cocos de Paimpol mais les faisans de l’île ne mangeant pas cette variété italienne, elle leur a été préférée). Il est tard quand nous rentrons, je suis déjà fourbu et fier d’arborer ma première blessure de guerre ; sont bien affûtés les Opinel du père François !
Le repas pris en commun sera ponctué par l’enfournement du pain du soir et par les présentations plus formelles des uns et des autres : Gregory et Ali, un couple de WWOOFer de Los Angeles, la petite famille du boulanger et Théo leur WWOOFer. Nous sommes 11 à table, mais on fera mieux dans la semaine ! Je trouve sans peine le sommeil du juste. Ces repas comme les travaux aux champs seront l'occasion de questionner mes hôtes et d"échanger sur leurs pratiques, leur contexte économique comme sur leur envrionnement atypique d'une île où tout ou presque (même l'eau !) est importé du continent.
Good Morning Bréhat
Chouette, pas de réveil aux aurores ! Petit-déjeuner vers 8h. Je mange une tonne du pain sorti du four la veille sous mes yeux. Ah, le pain aux pépites de chocolat … mais celui aux fruits secs est aussi super bon… comme celui au sésame .. dans le doute je les goûte tous plusieurs fois … sans pouvoir les départager. Les excellentes confitures maison, autre production de la ferme, ne poussent pas à la frugalité.
La production de la ferme de Kervilon est exclusivement vendue sur l’île et pratiquement uniquement pendant les quelques mois d’été et aux vacances de Pâques. François part vendre ses fruits et légumes au marché et je pars aux champs, cette fois-ci  sous la houeltte de sa compagne Marion.  Ce sera une matinée « tomate » qui est largement cultivée, sous tunnel. Cerise, cocktail, ronde, longue, variétés anciennes, … elles sont nombreuses mais demandent de l’attention. Nous partons à la chasse au gourmand, coupons les feuilles malades, retendons les supports. Puis vient l’heure de la récolte, ce qui me donne l'occasion de les goûter ;-) La tomate c’est le légume (fruit ?) de l’été par excellence et il en faut des kilos et des kilos chaque jour.
Il est plus de 13h, les muscles non habitués à cette gymnastique sont endoloris et l’estomac crie famine, il est temps de rentrer à vélo à la ferme pour un repas et ... une sieste (dont je comprends mieux maintenant l’utilité …). Le repas pratiquement toujours végétarien (et ça m’arrange !) est et sera toujours succulent, varié et copieux, préparé par les uns ou les autres, en improvisant à partir des « restes » du marché.
Après une mini sieste et avant de retourner aux champs en fin d'après-midi je profite de ce temps libre pour découvrir la beauté de l'île ou donner un coup de main à la fabrication du pain en participant à la mise en forme des pâtons.
La première partie de la semaine s’organisera ainsi, rythmée par l’arrivée ou le départ de WWOOFers, éco-volontaires, salariés, famille et amis (on sera jusqu’à 17 à table !) . Les travaux aux champs seront variés : après les indispensables récoltes on procédera au désherbage (le bio utilise des bras quand le conventionnel pulvérise de la chimie de synthèse), binage, traitement biologique (incorporation d'auxiliaires), bricolage, …
Ils sont beaux mes légumes !
Ayant exprimé à François mon intérêt de l’accompagner au marché, ce dernier m’y emmène dés le mercredi d’autant plus volontiers que l’été est là et que la clientèle commence à être nombreuse et un renfort nécessaire. Il est presque déjà 9h et nous voici sur la place du Bourg garant notre attelage à côté de la poissonnière et face aux terrasses des cafés. La remorque du marché de François a un charme certain qui n’a pas échappé au regard d’Haidee, peintre anglaise, qui chaque matin peint sur la place un morceau choisi (à l'instar du tracteur illustration de ce billet). Mais avant de jouer à la marchande, il faut monter l’étal puis mettre en place la «marchandise". Je passe la première matinée concentré à maîtriser le fonctionnement de la caisse et à mémoriser les différents produits proposés à la vente (pas de souci majeur sauf sur les nombreuses aromatiques que cultive François). Le tandem fonctionnant bien, j’y retournerai les deux jours suivants en prenant ces fois-là un plaisir certain à l’échange avec les clients.
Samedi, ma semaine s’achève déjà, je dois prendre le bac en début d’après-midi. Je passe la matinée à épauler Kirstin, l’éco-volontaire allemande de la ferme, dans la confection de confitures puis à aider Marie-Laure à préparer le feu du four à bois pour la fournée de 11h que j’aménerai fier comme un … boulanger au marché du Bourg en tricycle à assistance électrique, la classe ! C’est l’heure des adieux,  dans mon ciré jaune et sous un crachin typiquement breton je retraverse l’île qui est si vite devenue un peu la mienne en me remémorant les rencontres et expériences si riches de cette semaine de vacances hors du commun.
Kénavo!
Photo non libre de droits © Anne-Lore Mesnage
Tableau "le marché de François" réalisé le 13/7/2011par Haidee Jo Summers