29 juillet 2014

Wwoof à la Miellerie de Stéphanie et Martial

Dimanche 18h, Martial m’attend à la gare de Lamballe pour me conduire dans sa ferme du Gouray en Bretagne. Il y vit avec sa compagne Stéphanie et ses filles et le couple conduit différentes activités en bio. Un élevage de blondes d’aquitaine, un autre de poules pondeuses, la culture de céréales (triticale, pois, blé) et depuis l’année dernière également de pommes de terre et de potirons sans oublier de sapins à… Noël. Mais étant apiculteur amateur à Paris je suis avant tout venu partager cet élevage qu’ils développent avec 80 ruches. Le diner est l’occasion de faire connaissance et de partager nos centres d’intérêts. Il est plus de 23h quand je rentre dans mes appartements, un Mobil Home au cœur de la ferme à côté d’un espace de vente construit récemment.

Lundi : Après avoir nourri vaches, poules et récolté les œufs, nous partons pour une première récolte de miel avec Martial et un ami venu lui donner un coup de main. Pratiquant déjà l’apiculture je ne suis pas impressionné par les abeilles qui nombreuses nous entourent. Nous récoltons une vingtaine de hausses bien remplies de miel … et quelques piqures légères car elles réussissent à piquer à travers mes gants pourtant épais. Le petit Chouchen de la maison fera vite oublier les quelques rougeurs ;) L’après-midi sera consacré à du bricolage pour avancer dans l’aménagement de la nouvelle miellerie.

Mardi : Ce matin nous emmenons les vaches au pré mais avant il nous faut tailler le sabot d’une des belles du troupeau et étant donné que ces bestiaux bougent un peu ce n’est pas une mince affaire de l’immobiliser dans une cage. Je tente d’apaiser la blonde (d’Aquitaine) en lui donnant des céréales et en la caressant. Elle repartira sans boiter après cette pédicure maison.
C’est quand le blé est mûr qu’il faut le moissonner (battre comme on dit ici). En effet, la veille au soir nous avions fait le tour des parcelles de céréales et une partie était mure. Aussi Martial avait commandé la moisson de 5 hectares. C’est ainsi que je passe prés d’une heure dans la moissonneuse batteuse de Jean-Claude, 74 ans, qui continue de faire son métier pour se distraire. L’occasion de parler des différentes révolutions mécaniques et informatiques qu’il a vu dans sa vie…
Mercredi : Les 14 tonnes de céréales moissonnées la veille doivent être transférées dans la benne du transformateur bio qui l’achète. Nous passerons une bonne partie de la journée à préparer et à effectuer ce transfert de céréales.
Après une bonne douche pour se débarrasser de toute cette poussière de cérales Martial et Stéphanie m’invitent à un repas spectacle sur la côte à Pléneuf-Val-André … où nous nous nourrirons l’estomac et l’esprit aux bons mots d’Albert Meslay dit Albert le Mondialiste. Dans toutes mes expériences de wwooffing les hôtes aimaient la culture au propre et au figuré.
Jeudi : C’est le début de la floraison du sarrazin et nos apiculteurs feraient bien une dernière récolte du nectar de cette fleur qui fleurit tardivement. Un collègue de Martial qui a un champ de blé noir nous fait visiter ce matin différents emplacements potentiels. Nous sommes régulièrement stoppés dans nos visites par des rencontres avec d’autres agriculteurs avec qui on taille une bavette riche d’enseignements.
J’accompagne Stéphanie au marché bio du port de Dahouët où elle tient un stand tous les jeudis de l’été en fin d’après-midi. Elle y vend œufs, miel, pain d’épices et plats préparés à partir du veau qu’ils produisent (dont le tagine de veau au miel). L’occasion de rencontrer ses clients et les autres producteurs du marché et notamment sa voisine de marché, paysanne boulangère. La fin de marché est conviviale en dégustant un toast réalisé à la bonne franquette avec une tranche de pain et du saumon offert par le poissonnier du marché. Nous passons boire une bière au camping local tenu par des amis, coup de chance il y a un petit concert de musique ce soir ;)
Vendredi : Je récolte dans les arbres de la ferme une dizaine de kilos de prunes qui seront vendues l’après-midi dans l’espace vente de la ferme. Tous les vendredis après-midi Stéphanie y vend ses produits et tient une permanence de distribution de paniers locaux (Voisins de Paniers). Pendant ce temps là nous réalisons, avec Martial et des amis du village qui veulent s’initier, une nouvelle récolte d’une dizaine de hausses sans se faire agresser cette fois ;) En fin d’après-midi nous allons voir si la dizaine de nouvelles reines introduites dans des essaims il y a une semaine ont bien été acceptées.
Samedi : Levé à 5h30 pour transhumer 5 ruches dans le nouveau rucher « sarrasin » identifié quelques jours plus tôt. Assez magique d’aller cueillir en pleine nuit à la lampe frontale les ruches pleines d’avettes encore endormies.
Je prépare ensuite des ruchettes pour la fabrication d’essaims que nous ferons l’après-midi. Il s’agit d’aller prélever quelques cadres de couvain et de miel dans des ruches existantes et d’exporter ces cadres dans un autre rucher, les abeilles orphelines vont alors élever une nouvelle reine et on obtient ainsi une nouvelle colonie. Je ramasse les derniers œufs et il est temps de faire mon paquetage pour reprendre le train le lendemain à Lamballe pour Paris.
Stéphanie et Martial m’ont dit apprécier nos échanges, mon regard extérieur sur leur exploitation et bien évidemment également le coup de main. Et moi j’ai passé une semaine où j’ai autant fait travailler mon corps que mon esprit, une semaine riche en apprentissage, rencontre et partage.

 Le WWOOFing consiste à travailler bénévolement (une trentaine d'heures par semaine) dans une exploitation agricole en échange du gîte et du couvert. 

Mes autres expériences de wwoofing :
http://jjfasquel.blogspot.fr/2011/12/wwoof-2-le-retour-aux-jardins-de.html
http://jjfasquel.blogspot.com/2011/07/des-vacances-de-wwoof.html
http://jjfasquel.blogspot.fr/2013/07/la-ferme-de-marie.html

http://jjfasquel.blogspot.fr/2013/07/high-school-woofing-in-california.html
http://jjfasquel.blogspot.fr/2014/04/hola-que-tal-el-wwoofing-la-catalane.html
http://jjfasquel.blogspot.fr/2014/07/woof-au-jardin-de-veronique.html

28 juillet 2014

Woof au Jardin de Véronique

Après une nuit de train j’arrive au petit matin d’un dimanche de juillet à Castres où Véronique, mon hôte, m’attend pour me conduire dans sa ferme  à une vingtaine de kilomètres, à Cambounés au pied des monts de Lavaure. Elle y vit dans une jolie maison en bois construite il y a quelques années qui surplombe un bel espace de cultures qui descend jusqu’à la rivière. Elle y produit moult légumes et quelques fruits qu’elle transforme notamment en plats préparés vendus sur les marchés et dans différentes boutique de la région. Elle réalise également un service traiteur (stages, mariages, ..). En outre tous les lundis d’été elle fabrique du pain, des pizzas et des tartes pour les vendre au marché de producteurs de Mazamet.
Après un rapide tour du propriétaire et m’être installé dans la petite caravane qui sera mon antre cette
semaine, je pars déjà cueillir des framboises pour les tartes du lendemain. J’en profite pour saluer la dizaine de poules et leurs poussins qui s’égayent dans une partie du jardin ainsi que les canards qui ont pour mission de manger limaces et autres parasites. François un marcheur de Compostelle qui a fait une halte prolongée et Mourgali donnent également un coup de main à «Véro». Nous passerons l’après-midi à repiquer et arroser des poireaux.
J2 Lundi : Ce sera la journée marathon de la semaine. En effet, il faut fabriquer dans la journée pains, pizzas
et tartes  qui seront vendus le soir même au marché de 17h à 22h. Quand nous attaquons à 8 h cela fait déjà quelques heures que Véronique s’affaire à prépare pâte à pain, fond de pizza et de tartes. Équipés d’un tablier et d’une charlotte nous attaquons la confection des pizzas : coupe des tomates, oignons, poivrons puis assemblage de ces ingrédients en fonction des différentes recettes. Viendra ensuite le temps de confection des tartes où nous poserons une à une les framboises du jardin. Le four à pain mettra deux heures à atteindre sa température et verra s’engouffrer dans son ventre les différentes fournées. Il est déjà l’heure de charger le véhicule pour se rendre au marché où des dizaines de convives viennent se restaurer en cette soirée du 14 juillet. La vente d’un produit qu’on a contribué à fabriquer est très plaisante. Il est tard quand nous rentrons.
J3 Mardi : Une journée assez légère où je m’occuperais d’éliminer les feuilles des courgettes tachées
d’oïdium, supprimer les gourmands des tomates et pailler des buttes de culture.
J4 Mercredi : Nous passons une longue matinée ensoleillée à planter choux-fleurs, haricots divers, betteraves et panais dans une parcelle après l’avoir griffée et préparée. Le soir nous irons voir un spectacle circassien La famille Goldini
J5 Jeudi : Après avoir planté des haricots dans les buttes du jardin, une nouvelle fournée de pain sera réalisée pour le marché du lendemain. Le four encore chaud permettra de faire cuire et mijoter un « chevreau aux amandes ». Le soir Sylvie, qui vit dans une yourte sur le terrain de Véronique nous invite à dîner.
J6 Vendredi : La journée sera  également chargée car Véronique doit servir un repas pour un groupe d’une
quinzaine de personnes à Mazamet. Après un arrosage de nos plantations des jours précédant (eh oui le jardin n’attend pas), la matinée sera consacrée à finaliser la préparation des plats de ce repas que nous irons livrer et servir. A peine le temps de rentrer et de se poser quelques heures qu’il faut repartir pour un nouveau marché de producteurs à Biot où là également les convives viennent faire leurs emplettes pour diner sur place. Mais cette fois-ci l’affluence est aussi faible que le vent d’autan souffle fort et le moral de la troupe en est un peu affecté. Rien de tel qu’un concert des Casse Museaux (c’est aussi le nom d’une spécialité locale au lait caillé de brebis) pour la fête du village de Cambounés pour retrouver de l’entrain !
J7 Samedi : Après un ultime arrosage des plantations il est déjà l’heure de ranger mes affaires, passer un coup de balai dans ma caravane et dire au revoir à ce petit coin idyllique du Tarn et à Véronique.

 Le WWOOFing consiste à travailler bénévolement (une trentaine d'heures par semaine) dans une exploitation agricole en échange du gîte et du couvert. 
Mes autres expériences de wwoofing :
http://jjfasquel.blogspot.fr/2011/12/wwoof-2-le-retour-aux-jardins-de.html
http://jjfasquel.blogspot.com/2011/07/des-vacances-de-wwoof.html
http://jjfasquel.blogspot.fr/2013/07/la-ferme-de-marie.html

http://jjfasquel.blogspot.fr/2013/07/high-school-woofing-in-california.html
http://jjfasquel.blogspot.fr/2014/04/hola-que-tal-el-wwoofing-la-catalane.html

19 avril 2014

Hola, que tal el Wwoofing à la catalane ?

Parti à 7 h un matin d’avril de la Gare de Lyon, mon TGV arrive déjà à Figueras en Espagne alors qu’il n’est pas 13 h. Mon amie Valérie est venue me récupérer à la gare et m’emmène à une quinzaine de kilomètres de la cité catalane vers le domaine de Can Torres. Elle y vit dans la demeure de Joan Carles et Barbara qui exploitent six hectares de vignes en bio où je vais woofer pendant une petite semaine. 
Nous passons à table vers 14h (eh oui c’est le rythme espagnol), non sans avoir goûté un verre de la nouveauté de la maison cette année, un vin blanc délicieux accompagné de quelques morceaux de pain trempés dans l’huile d’olive pressée à partir des olives du domaine. Après une sieste officielle, place au tour du propriétaire. Nous sommes au pied des contreforts des Pyrénées, dans le massif des Albères au milieu d’un maquis granitique légèrement vallonné d’où surgissent les vignes entre lavande et thym sauvage. La douce lumière d’après la pluie qui est tombée en ce début d’après-midi magnifie le paysage. On croise également quelques vaches, tortues… dolmens et menhir qui finissent de donner une touche mystique à cet ensemble plein de charme. Il est 22 h quand on se met à table pour une délicieuse omelette aux orties avant de tomber dans les bras de Morphée et dormir du sommeil du juste.
Le vignoble Can Torres
Joan Carles a hérité de ce domaine de 16 hectares créé par son arrière grand-père (certaines vignes ont 60 ans), il est également pompier professionnel avec des gardes de 24 heures qui lui donnent des récupérations lui permettant d’être très présent au domaine. Par amour, sa compagne Barbara a quitté son Italie natale et abandonné son métier d’architecte pour elle aussi devenir viticultrice. Ils vivent à Can Torres avec les quatre enfants de Joan Carles sans oublier le chien Ot, les ânes Fidel et Estrella et deux chats.
Autrefois le raisin des 6 hectares du vignoble était vendu mais, depuis 1997, Barbara et Joan Carles produisent leur vin. Cette année, 9 000 bouteilles devraient être mises en vente, une belle année après la catastrophe de l’année dernière où des vaches «extérieures» avaient eu la mauvaise idée de venir déguster une grande partie de la récolte qui avait déjà été bien entamée par les sangliers. Depuis chaque parcelle est clôturée ! Nos viticulteurs ont construit récemment une cave aux nouvelles normes et chaque nouveau millésime bénéficie de leur expérience passée. Ils n’ont pas à rougir de leur breuvage qui est déjà reconnu et réputé. C’est un vin plus que bio, un vin naturel, non filtré, vinifié avec des levures indigènes et sans ajout de sulfites. Ils ont désormais à leur carte un vin blanc (« Anyet »), trois rouges («Murtra», «Ido» et «Demontre») et un vin doux naturel («Ambre»).
Des projets, Juan Carles et Barbara en ont plein la tête, mais la sagesse et la crise (qui a considérablement limité l’accès au crédit en Espagne) leur font engager chaque chantier après l’autre en les autofinançant. Cette année, un gite va bientôt être rénové dans l’ancienne porcherie, ils vont planter une centaine de pieds de raisin de table pour se diversifier et ils ont aménagé cet hiver quelques nouvelles parcelles pour agrandir la surface du vignoble. Etant donné qu’ils récoltent également quelques 700 kg d’olives chaque année et que l’un des fils de Joan Carles termine une formation en viticulture et oléiculture, ils envisagent la création d’un moulin pour produire une huile d’olive bio et locale. 
Une ferme en autonomie
Le domaine tend naturellement vers l’autosuffisance. La propriété dispose d’un droit à l’eau de la rivière qui longe la propriété pour arroser les cultures et notamment le potager, et un voisin leur donne l’accès à l’eau potable d’un forage qu’il a réalisé. Même si les périodes froides sont rares dans la région, la maison est chauffée par une cheminée et 7 poêles alimentés par le bois du nettoyage des 16 hectares. Un chauffe-eau solaire produit une partie de l’eau chaude de la maison. En été, la maisonnée est autosuffisante en légumes grâce au potager et à sa serre attenant à la maison auxquels se rajoutent la production de deux grands jardins : 2 000 oignons, 500 pieds de tomate et l’équivalent de 600 kg de pommes de terre. Un verger en développement produit déjà des amandes, pêches, figues et abricots. Bien évidemment, l’autonomie en vin est assurée comme celle en huile (40 litres consommés par an !) grâce aux 70 oliviers de la propriété. Enfin les 10 poules produisent plus d’œufs qu’il n’en faut. Un peu de viande est troquée contre un droit à paître tout comme le miel qui est offert par l’apiculteur à qui on a laissé installer une trentaine de ruches sur la propriété. 
Le carnet du Woofing jour par jour
Samedi
Nous voici partis au petit matin pour planter des pieds de vigne dans une nouvelle parcelle fraîchement préparée. Après avoir foré un trou à la barre à mine, nous y plaçons le jeune pied. Une centaine de pieds plus tard et après avoir arrosé nos plantations nous méritons l’en-cas qu'on nous amène aux champs, et c’est sur un gros rocher granitique que nous montons casser la croûte avec notamment le fameux "pan con tomate", spécialité catalane (pain frotté avec des tomates et arrosé d’un filet d’huile d’olive). La fin de la matinée sera consacrée à greffer dans une autre parcelle quelques pieds avec des greffons.
Dimanche
Profitant du repos dominical mon amie Valérie m'emmène visiter les superbes environs : les villages de Cadaqués et de Portlligat (le village de Dalí), le Cap de Creus où nous nous régalons d'une cassolette de riz aux fruits de mer et le monastère de Sant Père de Ride. En soirée, Beatriz, une autre wwoofer, arrive de Barcelone.
Lundi 
Aujourd’hui nous allons planter des plants greffés de trois cépages de raisin de table (muscat, lavallée et cardinal) dans une parcelle qui a été labourée samedi. Il nous faut tout d’abord quadriller la parcelle pour définir lignes et espacements, deux heures de travail d’arpenteur suivi de la plantation de 120 pieds, dont je maîtrise désormais les gestes appris samedi. Après le traditionnel en cas de 11 h, je finis la matinée au frais dans la cave à mettre en bouteille le vin doux de la propriété.
Mardi
La commune dont dépend la cave se nomme Sant Climent Sescebes, littéralement « Saint Clément Ses oignons », la bien nommée car ce sont deux mille oignons de Figueras que nous plantons ce matin là. Les sillons avaient été préparés au tracteur la veille et nous les mouillons grâce à l’eau de la rivière. En deux heures de temps, l’affaire est faite. Pour terminer cette journée de travail Joan Carles nous montre comment nettoyer et préparer d’anciens oliviers dégénérés suite à un incendie afin de les regreffer prochainement. En soirée nous partons effectuer la montée de la colline qui surplombe le vignoble. Une heure et demie plus tard, nous sommes doublement récompensés par la beauté d’un coucher de soleil et la magie du lever de la lune rousse. 
Mercredi et Jeudi
La douce lumière du matin donne toujours au paysage une certaine magie. C’est dans ce cadre que nous partons avec Barbara pour nettoyer une vigne. Armés d’un sécateur et d’une pioche, nous dégageons et coupons les rejets, enlevons les bourgeons sur la partie basse des pieds et préparons les pieds qui n’ont pas pris pour un regreffage. C’est parmi les vaches que nous ferons notre pause casse-croûte. Nous reviendrons le lendemain dans la même parcelle continuer ce fastidieux mais nécessaire labeur.
Après cette dernière journée de wwoofing, il est temps de passer à la cave pour acheter quelques bouteilles du vin que l’on a modestement contribué à produire et faire adieux et remerciements à mes hôtes de Can Torres qui m’ont fait passer une semaine riche en découvertes, apprentissages et rencontres. 
Lien facebook https://www.facebook.com/can.torres
Lien blog http://cantorres.blogspot.fr/

 Le WWOOFing consiste à travailler bénévolement (une trentaine d'heures par semaine) dans une exploitation agricole en échange du gîte et du couvert. 
Mes autres expériences de wwoofing :
http://jjfasquel.blogspot.fr/2011/12/wwoof-2-le-retour-aux-jardins-de.html
http://jjfasquel.blogspot.com/2011/07/des-vacances-de-wwoof.html
http://jjfasquel.blogspot.fr/2013/07/la-ferme-de-marie.html
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23 novembre 2013

JJ anime une conférence sur l'ESS

Dans le cadre du mois de l’Economie Sociale et Solidaire, j'ai animé le 21 novembre dernier à Lannion une table-ronde intitulée "L’ESS pour les Nuls". Une présentation très pragmatique de cette autre façon d'entreprendre illustrée par les témoignages de 5 acteurs de la région : Ker-Uhel Contacts, Handi-Capables, Bretagne Durable, la CAE Avant-Premières et Emeraude i.d. chez qui se tenait la conférence.

09 novembre 2013

Scions du jambon

Jadis - en fait  il y a encore 50 ans dans certaines régions de France - on ne pouvait vivre sans entraide à la campagne car de nombreux travaux des champs tels que la moisson ou la fenaison auraient été irréalisables. On allait ainsi tout l'été en fonction de la maturité des blés et de la pousse de l'herbe des prés donner le coup de main à celui qui moissonnait ou fanait, à charge de revanche, bien évidemment. Pétrole et mécanisation ont transformé les paysans en conducteurs de machines et les ont de facto exempté de cette solidarité imposée.
J'ai repensé à cela ce matin quand, dans les premiers frimas de l'automne nous n'étions pas moins de 5 personnes, 2 familles et 3 générations confondues de 7 à 77 ans, pour faire leur affaire aux quelques stères de bois que j'avais achetés pour l'hiver. Chacun à son poste : l'un pour décharger le bois en vrac de la remorque, le deuxième pour le scier, un suivant pour remplir la brouette emmenée par un équipier qui déposait telle une offrande aux pieds du dernier larron  les bûches pour les empiler.
Ce qui aurait pu être considéré par d'aucuns comme une corvée est devenu une tâche vite expédiée et un moment de convivialité célébré plus tard par un verre de l'amitié. A charge de revanche, bien évidemment.

06 novembre 2013

Deux JJ pour le prix d'un dans le mag Botanic

Retrouvez l'article que j'ai écrit sur mon expérience de wwoofing en Bretagne mais également mon portrait de Maître-Composteur dans la rubrique "les audacieux" du n°3 du magazine Botanic (page 106/107).

19 septembre 2013

JJ & les 1000 Pionniers


J'ai été sélectionné pour faire partie du Prix 1000 Pionniers qui changent le monde en ayant lancé le premier site de compostage collectif en pied d'immeuble à Paris.

VOTEZ pour cette initiative.

31 août 2013

De retour de l'Atelier ... du Nous

Enclavé : se dit d’un village, tel que celui d’Eygalayes dans la Drôme, qui demande pour s’y rendre une détermination certaine… De puis Paris prendre un TGV jusqu’à Avignon, puis un bus jusqu’à Carpentras et enfin un taxi collectif, le taxi Drôme (belle initiative subventionnée par le Conseil Général). Bref, 8 heures plus tard me voici arrivé pour la soirée d’introduction d’un ADN1+ (Atelier Du Nous), stage-séminaire de 5 jours organisé par l’UDN (Université Du Nous). Nous sommes 24 à avoir convergé des « 4 coins de l’hexagone » vers ce gite perdu dans les champs de lavande pour ce séjour expérientiel autour du « vivre et faire ensemble ». Raconter ce moment est une gageure car il s’agit d’une expérience de vie …
Samedi

Mais il faut d’abord s’installer, parmi les différents hébergements il m’est proposé une petite chambre individuelle en mezzanine ; chouette, mon « JE » pourra parfois rentrer dans sa caverne pour se ressourcer quand il sera fatigué du « NOUS ».
C’est déjà l’heure du premier repas, l’occasion de rencontrer Josette, la propriétaire du gite, également agricultrice bio et maire de sa commune. Elle nous fera donc à manger midi et soir, bio et végétarien. Et quoi de mieux qu’une soupe au pistou pour planter le décor ?
Dimanche

Le réveil « sensoriel » se fait au champ. Quelle plaisir de se doucher aux rayons de soleil, de caresser « les poils de la Terre », d’ouvrir grands ses oreilles et son esprit pour redécouvrir les bruits de la nature, de la vie alentour, de son corps.
Ce sera ensuite une journée TAO : un jeu de plateau qui génère empathie et écoute et permet de se rencontrer de façon authentique. Plus de 3 heures de mise à nu progressive où chacun va avancer dans sa quête grâce à l’aide bienveillante des autres joueurs sous la houlette d’un TAO animateur qui évitera qu’on ne joue à « touche psy psy ». Attention ça remue la pulpe, les émotions sont fortes pour peu qu’on arrive à lâcher prise. 
Après dîner c’est en file indienne, les yeux fermés et au son du tambour que nous retournons au champ. La nuit tombe, des lampions solaires balisent l’espace dans lequel nous allons évoluer. D’autres spots et guirlandes lumineuses illuminent notre dancing pastoral à ciel ouvert. Au loin la montagne s’endort … nous allons nous réveiller ! Guidés par Samuel et au son de sa playlist nous allons reprendre progressivement possession de notre corps, lui faire exprimer sentiments et animalité, seul ou en groupe jusqu’à une quasi transe avec les étoiles pour enfin redescendre vers une félicité apaisée. Oui, les mots sont dérisoires pour retranscrire ce moment.
Lundi

C’est à reculons (au sens propre) que nous partons ce matin pour notre séance « corpo-senso ». L’accessoire du jour : un morceau de bambou. Symbole du lien qui peut nous unir, nous opposer, nous séparer, nous magnifier, … Incroyable comme un exercice avec un simple morceau de bois peut illustrer la façon de faire les choses POUR, CONTRE, SANS … et surtout AVEC les autres. Nous repartirons « comme une volée d’étourneaux ».
Nous nous réunissons alors en cercle qui est une « technique » de concertation. Chacun ira accrocher à l’anneau central un lien, symbole de ce NOUS qui se crée, et exprimera sa « météo » intérieure (joie, envie, peur, …). A nouveau une belle démonstration … si le groupe n’est pas prêt à vous entendre vous aurez beau tirer sur votre corde … tout vient à point qui sait attendre. 
C’est maintenant l’heure des élections … sans candidat. En voilà une idée originale et démocratique. Chacun va tout d’abord proposer son candidat idéal … en justifiant son choix. Les vieux réflexes de contrôle et du jeu de pouvoir se font encore sentir (et je ne fus pas le dernier à en jouer) mais petit à petit tout le monde se rend à l’évidence que ce « système » va nous amener à choisir non pas la meilleure personne … qui n’existe pas mais la bonne personne. 
Mardi-Jeudi

Et s'enchaîneront ainsi pendant 5 journées une alternance justement dosée de théorie expérientielle, temps sensoriels et moments de convivialité.
Je me souviens de la Gestion Par Consentement, outil de prise de décision basé non pas sur la majorité mais sur l’absence d’objection. L’objection est alors considérée comme un cadeau faite au groupe pour magnifier son projet.
Je me souviens de cette soirée cabaret où, sans répétition et avec souvent moins d’une heure de création, nous avons produit un spectacle de qualité grâce à l’énergie du « Nous symbiotique » et de notre confiance mutuelle.
Je me souviens des Sou-rire(s) et Mwazatwa(s), petits papiers offerts ou reçus, pour signifier le bon moment partagé ou une qualité reconnue chez l’autre.
Je me souviens de l’extravagance courageuse et révolutionnaire des organisateurs de proposer la « participation consciente » où chacun va en conscience, rémunérer sa participation à la formation.
Je me souviens du Yoga du rire qui clôture le séminaire où nous étions des ours se grattant le dos et enfin des stagiaires allongés en étoile qui se souviennent de cette semaine inoubliable et du chemin parcouru…
Déconnecté de son expérience ce récit et ses anecdotes pourront faire sourire … ce n’est pourtant pas le doigt qu’il faut regarder mais la direction de cette utopie. Au-delà de cet Atelier, l’Université du Nous porte une vision politique et philosophique qui m’emballe : retournons la pyramide Top Down, développons une gouvernance bienveillante, croyons en l’intelligence collective de nos riches individualités et ceci aussi bien dans notre sphère personnelle, citoyenne que professionnelle.

25 juillet 2013

High School Woofing in California

Après avoir traversé la baie de San Francisco sur l’eau (Golden Gate Ferry) puis sous l’eau (Bart - RER local) me voici arrivé à Oakland. En venant de San Francisco, arriver à Oakland (notamment le bas de la ville) c’est un peu comme passer des Champs-Elysees à Barbés. Trente minutes de marche me permettent de sentir un peu la ville. It’s a high way to the top, comme disait ACDC, la maison de Patrick jouxte le réservoir de la ville sur ses lointaines hauteurs.
Pat conclut une semaine de vacances avec son père et nous partons célébrer son départ le lendemain dans un pub irlandais de Berkeley. C’est scène ouverte ce soir, plus de 25 musiciens enchainent les solos ou les morceaux collectifs de vieilles chansons irlandaises tandis que je me délecte d’un Garden Burger et d’une bière locale.
Après une nuit réparatrice et un petit déj pantagruelique (omelette, melon, cassis, toast, ..) nous partons en voiture à Concord (30 minutes avec Grateful Dead à fond dans les HP ça passe vite !) où se trouve le lycée professionnel (Mt Diablo High School) dans lequel Patrick enseigne les sciences de l’environnement et gère le jardin pédagogique dans lequel nous allons travailler. 
Le jardin d’une dizaine de planches de 10 mètres de long accueille ces temps-ci des cultures de tomates variées, courgettes, poivrons, haricots, pommes, poires, oranges et citrons et des fleurs notamment des rosiers. Ce jardin va bientôt doubler de surface mais les travaux sont encore en cours.
Ce lycée est fréquenté par 1500 élèves de classe populaire et de forte diversité. Il est à 95 % autonome en énergie solaire. 

Nous passerons ainsi deux jours à remettre le jardin en état avec Patrick, stakhanoviste de la binette ;) : nettoyage des tomates, amendement des sols (avec le compost des déchets de la cuisine de l’établissement mais aussi avec du compost de fientes de poules ), désherbage, pose de nouveaux tuyaux d’irrigation (bien sur ici les cultures sont irriguées, bizarrement il ne veut pas pailler ...alors que ceci permettrait de limiter l’évaporation vu les chaleurs locales ...).
Bref, une courte immersion dans un processus pédagogique intéressant (environnement, cuisine et santé sont au centre d'un programme HEAL : Healthy Eating Active Living) sans parler de la richesse du temps de partage et de rencontres avec un californien de coeur et ses proches. 

23 juillet 2013

On the road ... again

Cela faisait bien 20 ans que je n'avais plus fait d'auto-stop. Un peu contraint par la situation je me suis remis en selle cet été à Pescadero (Californie). Il semblerait que ce soit comme le vélo car il est 7 heures du mat et je monte déjà dans la voiture d’une jeune hippie. Sa voiture est sa maison semble-t-il . Un joyeux bordel y régne mais on ceci n’empêche pas la belle de s’être joliment apprêtée ni qu’elle ait du savoir vivre. Elle me sert un verre de la théière qu’elle tient entre les jambes ;) et me propose un cookie qu’elle a préparé la veille. Malheureusement elle ne peut m’amener que jusqu’à la Highway 1 qu’elle va prendre en sens opposé du mien. Me voici seul à un carrefour dans la brume du petit matin de l’océan pacifique. 
Je sors mon couvercle de boite de pizza et y note en gros au marqueur «Golden Gate Bridge», ma destination intermédiaire et c’est parti. Quelques minutes plus tard un restaurateur me prend à son bord. D’habitude il ne prend pas d’auto-stoppeurs mais mon chapeau lui a donné confiance … même s’il a remarqué avec un peu d'inquiétude le couteau à mon ceinturon ;( - l’erreur du faux-débutant. Il est dans la restauration et nous parlons ferme, terre, nourriture. Il me laissera à l’entrée de Pacifica à un spot qu’il pense efficace.
Tout juste le temps de ressortir mon panneau que me voici avec un russe immigré qui part au boulot à Oakland. Je fais le malin en bredouillant une phrase en russe, il me propose un soda et déjà il me laisse dans les faubourgs de The City en faisant un détour pour me déposer à un lieu tip-top pour l’auto-stop. M’étant habitué à des attentes de seulement quelques minutes je trouve cette fois que mon attente est longue (5 minutes) alors je sors l’arme secrète du froggie, je rajoute sur mon panneau la mention « French Hitch-Hiker ». Va savoir Charles si c’est ça qui a fait s’arrêter Michael presque instantanément ? … Mickael, un black imposant et jovial est plombier pour le service des eaux de San Francisco, il part en vacances dans le Nord de la Californie. Sa femme infirmière l’y rejoindra un peu plus tard ce soir. Nous faisons un crochet et un arrêt de quelques minutes chez sa mère. On discute à bâtons rompus, on ne s’ennuie pas avec Michael Broussard (comme le commissaire … il est cajun d’origine). 
Arrivé à San Rafaêl je recommence à faire du stop, un asiatique veut me donner 2 dollars pour que je prenne le bus, je lui explique que je ne fais pas du stop par manque d’argent - c’est vrai qu’un bus fait cette dernière liaison - mais je suis grisé par ces trois premières rencontres. Et j’ai bien fait ! Je monte alors avec Brian et Stacy, respectivement chef d’un restaurant de SF et photographe culinaire. Arrivés à Fairfax, Stacy me fait visiter son potager urbain luxuriant tandis que Brian me prépare une petite boite avec un échantillon de leur production (œufs, courgettes, basilic, concombre, poivrons, piments, pommes, ...) que je transformerai en succulente omelette  dés mon arrivée à la maison. 
J’ai retrouvé exactement les mêmes impressions (de liberté mais aussi de doute) et la richesse des rencontres des expériences d’auto-stop de ma jeunesse notamment lors de ce fameux trajet du Cantal aux Landes. Souvenirs, souvenirs …  Alors que je n'avais pas vu (ou regardé ?) d'auto-stoppeurs depuis 2 semaines que je conduis aux Etats-Unis, aujourd'hui j'ai rendu la pareille à une vieille baba cool et un musicien.

22 juillet 2013

La ferme de Marie

Cet été je profite d'un séjour en Californie pour ajouter une expérience "internationale" à celles de mes wwoofings en France.
Quand mes enfants m’ont laissé à Marie’s Farm, à quelques kilomètres de Pescadéro à une centaine de kilomètres au sud de San Fransisco j’ai lu dans leur yeux … comme une inquiétude. Avec le recul je peux les comprendre, nous avions été accueillis par un mec au regard hagard devant une sorte de dortoir ouvert aux quatre vents devant lequel semblait dormir à même le sol dans la poussière un autre personnage. 
J’ai vite rencontré le maître des lieux, Lance Storm, Captain Storm pour les intimes. Il semble avoir peu de temps à m’accorder car il teste dans sa grange un élément de son moteur Free Energy. Assez rapidement il me demande si je crois aux Aliens … ma réponse négative le surprend. Je le laisse à ses expérimentations et je pars découvrir le domaine.
Une pépite potentielle pour faire la permaculture : des sols qui semblent de bonne qualité, une source à disposition avec d’énormes réservoirs, des terrains bordés par une forêt, du matériel agricole en tous genres … mais on peut considérer que le lieu est à l’abandon (des plants de tomate cerise ont été oubliés en plein champs et sont en train de crever, les nombreuses poules ne pondent plus mais par contre viennent manger le peu de légumes qui ont été plantés, les champs semblent peu cultivés). Un lieu un peu fantomatique qui néanmoins respire une certaine poésie avec pour totem cet immense arbre majestueux à l’entrée du domaine, cette collection de vieux pick-ups d’un autre temps et ces deux sculptures métalliques de mammouths et dinosaures en plein champs. 
Les bâtiments sont à l’avenant. Le dortoir est infâme mais j’ai la chance de bénéficier du luxe suprême : un matelas. La pièce à vivre est du même acabit, vaisselle sale et nourriture traînent un peu partout. Un bébé chèvre se prélasse sur un vieux tapis et deux autres … participants Ocean et Soul ont l’air tout aussi réveillés que les autres déjà rencontrés et se morfondent dans de vieux fauteuils défoncés.
Captain Storm est de retour et me propose d’écouter le Ministre de la Défense du Canada avouer que les Aliens existent. Sur ces entrefaits je rencontre dans la cuisine (au feu de bois avec récupération de chaleur pour la douche) deux français peu polyglottes qui me racontent leur surprise et déception à leur arrivée dans les lieux mais qu'ils sont restés scotchés là faute d’argent et d’énergie pour repartir en quête d’un autre lieu. Ils me confirment que la réalité de cette ferme ne correspond pas à celle présentée sur le site WWOOF USA. 
Nous partons tous néanmoins, en cette fin de journée, replanter une rangée de mini-plants de salades, haricots, oignons, concombre, … à un rythme … plus que tranquille. 
Après m’être sustenté d’une salade maison et de quinoa cuit au feu de bois, les deux autres froggies me propose …un verre de Ricard de la bouteille qu’ils ont amenée de France. Ce petit verre me ragaillardi comme le pop corn que l’on fera exploser sur le piano. Mais ma décision est prise, je repars demain matin à la première heure en stop, une aventure dans l’aventure qui m’aura apporté humainement bien plus que cette erreur de casting. 
Bref, je suis bien évidemment déçu. Je me suis demandé un moment si je n’aurais pas du donner un peu de temps au temps ou si je n’avais pas échoué dans  le lâcher prise que je vante si souvent, … Mes expériences françaises de wwoofing me font penser qu’on était quand même ici dans la 3ème dimension ;(

01 juin 2013

Merci monsieur le professeur

Enseigner le développement durable dans une école de commerce n'est pas toujours une sinécure tant ce nouveau paradigme est parfois éloigné des fondamentaux et valeurs des étudiants de ces établissements ... dont je suis par ailleurs issu, ce qui me donne un certain recul et une légitimité pour secouer le cocotier. 
Certains élèves expriment même vertement leur inconfort devant la présentation des limites de l'équation du système actuel et la proposition d'un nouveau système de référence qui leur paraît souvent "révolutionnaire". Cette année l'un d'eux a été jusqu'à me reprocher de faire du "lavage de cerveau" ... Difficile de leur faire lâcher prise. Bref du débat il y en a et il en faut. Néanmoins parfois l'épuisement et le découragement me guettent mais il y a toujours ce moment magique et délicieux où un étudiant vient me voir, parfois discrètement, à la fin du cours pour me redonner l'énergie et l'enthousiasme de repartir ... au combat. A l'instar de ce mail, plein d'humour et d'humilité, reçu il y a quelques jours.
Bonjour monsieur,
J'espère que vous allez bien. Je voulais vous remercier, même si je roule en Porsche, que j'habite dans un Château, que je suis contre le mariage pour tous et que je suis capitaliste de droite, pour votre cours et pour les exposés. Blague à part, nous avons eu des désaccords mais en partie grâce à vous j'ai découvert l'entrepreneuriat social qui m’intéresse vraiment et qui est maintenant le sujet de mon mémoire !
Merci.
Merci, Louis, pour ce retour qui m'a donné du baume au cœur ;-)
A lire un autre billet de la même veine publié en 2009 intitulé Mouiller la chemise

31 mai 2013

Polluting Paradise

Il y a plus de 20 ans, à l’occasion d’un voyage aux confins du Nord-Est de la Turquie j’avais découvert le port de Trabzon, Carthage turque au bord de la mer noire et à la frontière de la Géorgie. J’ai le souvenir, à peine sorti des faubourgs de la ville, d’une nature luxuriante et de paysages d’une beauté rare.
C’est cet environnement et le bonheur de vivre des habitants de Çamburnu que des fonctionnaires sans cœur et des ingénieurs imbus de leur soit disant savoir vont anéantir en construisant une décharge au mépris des règles d’urbanisme et tout simplement du bon sens.
L’administration locale a choisi de sacrifier ce petit village pour traiter les déchets de la région. Quel cynisme que d’entendre le gouverneur estimer que les pollutions du site sont un moindre mal plutôt que de retrouver ces déchets dans la mer … L’humain est ici une variable d’ajustement … les habitants des régions de Tchernobyl ou de Fukushima connaissent la chanson. 
Le mythe prométhéen en prend pour son grade … la goutte qui fera déborder le vase au propre comme au figuré est celle de la pluie. Les experts qui ont pensé le trou de cette décharge ont simplement oublié qu’il pleut et pas qu’un peu dans cette région … Heureusement que le ridicule ne tue pas … seule réponse à la puanteur : la vaporisation de parfum en plein air !
Mais le peuple de Çamburnu ne se résigne pas à vivre dans ce cloaque et ose se rebeller. Le maire conteste la légalité du projet, le photographe du village grave dans le marbre de sa pellicule les étapes de cette catastrophe annoncée, les habitants manifestent et tentent de faire valoir leurs droits. Avec peut-être plus de courage que les autres, une femme, planteuse de thé, osera porter la contradiction au gouverneur, mais en vain.
Fatih Akin, réalisateur de Polluting Paradise, retrace dans son film 6 années de lutte et témoigne de cette catastrophe annoncée … et réalisée (odeurs, débordements et rejets toxiques dans la rivière comme dans les champs, …). Au-delà de son intérêt documentaire, la beauté des paysages et des âmes des opposants au projet donne à ce film une poésie rare.

15 avril 2013

Portraits d'humanités

Depuis presque trois ans je vais régulièrement à Lannion pour rencontrer des salariés handicapés d’Emeraude ID et écrire leur portait. A l’occasion des 30 ans de cette association j’y retournais la semaine dernière pour une salve de 8 portraits complémentaires.
Je reviens plein d’émotion tant ces personnes m’ouvrent leur intimité souvent ponctuée d’un accident de la vie.
Je reviens riche de leur humanité dont manquent tellement souvent cruellement les soit disant personnes « normales ».
Je reviens grandi et enrichi d’un regard magnifié sur la différence.
Gilles, Chantal, Philippe, Céline, Grégory, Yvon,  … vous avez tous désormais une petite place dans mon cœur et peut-être encore plus toi Daniel qui nous a quitté depuis notre rencontre en 2010.

22 février 2013

Permaculture au Mas des Agrions

La nuit est déjà tombée lorsque j’arrive au Mas des Agrions entre Montpellier et Clermont-l’Hérault. Une nuit sous la tente plus tard, réveillé au chant du coq à 5h30 et ragaillardi par la douche solaire … qui a encore peu vu le soleil et me voici fin prêt pour démarrer un PDC … entendez Permaculture Design Course (en français un CCP - Cours Certifié de Permaculture) de 13 jours. 
J’ai en fait rejoint un collectif de Montpellierains qui s’est lancé le défi d’organiser son PDC il y a quelques mois. Ils ont pour ce faire trouvé un formateur titulaire du Diplôme de Permaculture Appliquée, Andy Darlington, et notre hôte Phil, qui s’est installé il y a quelques mois dans une propriété qu’il souhaite aménager, ce sera notre cas pratique pour la création du «design» en fin de stage. 
Andy est tombé dans la permaculture en 1985. A la fin des années 80, il quitte la physique planétaire et spatiale dont il est diplômé et la perfide Albion dont il est citoyen pour s’installer en France dans l’Aude et conduit depuis lors un élevage ovin en bio et un verger. Avec sa femme Jessie, ils conçoivent également des «paysages comestibles». 
Mais revenons à nos moutons. Quelques volontaires sont déjà venus sur site les jours précédant pour construire l’infrastructure nécessaire pour accueillir le groupe : quatre toilettes sèches  deux douches solaires, une cuisine d’été, un réfectoire, … 
Nous sommes une vingtaine de participants d’age et d’origine très différents (du prof de chimie à la commerciale en informatique en passant par l’étudiante en ethnologie). Notre groupe va ainsi passer 13 jours en autonomie ... et en dehors du temps. 
Pas question de farniente, les vacances sont studieuses : les cours théoriques d’Andy (72 heures sur le climat, la topographie, l’eau, la forêt, les sols, les systèmes animaliers, l’énergie,..) alterneront avec des ateliers pratiques (greffe d’arbres, jardin au naturel, phyto-épuration,…) parfois animés par des professionnels du cru. Quelle noblesse que celle du cheval lors de la démonstration de traction animale ! Quelle joie et quelle communion de mettre pieds et mains dans l’argile pour construire collectivement un four à bois ! Quelle curiosité enfantine pendant nos deux sorties botanique et entomologique ! Sans parler des projections de films ou des conférences du soir (maison bioclimatique, revenu minimum d’existence, agriculture paysanne au Nicaragua, …). 
Les repas sont des moments de respiration et de convivialité pendant lesquels Thierry et Mathilde, nos cuistots, auront su non seulement nous sustenter mais tout simplement nous régaler d’un festival de saveurs végétariennes et biologiques qui auront eu raison des viandards invétérés. 
Mais il ne reste déjà que quelques jours et le Mas des Agrions est en pleine effervescence : après la théorie, place à la pratique, divisés en 5 sous-groupes nous sommes tous affairés à concevoir le design permaculturel de notre lieu de résidence. Discussions, notes d’intention, crayons de couleurs, calculs, dessins et croquis en tous genres, repérages techniques sur le terrain, bref, il y a de la création dans l’air … parfois même de l’électricité tant tout le monde est impliqué et passionné pour défendre ses propositions. Et c’est dans la nuit précédant la présentation que les derniers finiront leur création à 3h30 du matin ! En se couchant à 23h30 mon groupe aura mis en application à la lettre l’un des principes de la permaculture : le maximum d’effets pour le minimum d’efforts. 
Le lendemain matin nous présenterons collectivement aux autres groupes et au propriétaire des lieux nos créations. Comme à l’école des fans, il n’y a que des gagnants car au-delà de la mise en application des principes de permaculture nous y avons mis tant de cœur… C’est le moment de nous voir remettre de façon solennelle notre Certificat de Design en Permaculture et de sortir de notre bulle pour repartir dans notre réalité quotidienne et tenter de mettre en application la méthode acquise en ré-imaginant nos lieux de vie ruraux comme urbains. Aout 2012.