28 décembre 2011

WWOOF 2, le retour : aux Jardins de Toucanne

C’est Place des Lices, sur le marché de Rennes, que Louis m’avait donné rendez-vous pour ma deuxième expérience de WWOOFing* de l’été. En ce samedi de début d’août je n’ai pas de mal à trouver son étal, « mon stand est en face des poissonniers » m’avait-il précisé et son enseigne légumière peinte à la main finit de m’orienter. 
Il pleut, il pleut, bergère … 
C’est sous la pluie que se déroule notre rencontre, les clients sont du coup moins nombreux, ce qui nous laisse le temps de faire connaissance plus avant. Pas facile de débouler dans la vie professionnelle de quelqu’un comme cela en pleine activité commerciale. Le challenge : s’adapter vite. Regarder la façon de faire (il fait ses comptes à la main), mémoriser les prix (un peu effacés par la pluie) et les produits (pas moins de 10 sortes de tomate presque autant de courges et courgettes), les us et coutumes (le petit légume offert, on laisse se servir les clients), puis petit à petit se lancer en servant un premier client quand les acheteurs sont plus nombreux. Louis me laisse faire tout en jetant un œil bienveillant. Il est 13h30, on remballe. Avant de partir Louis fait cadeau de légumes à quelques glaneurs étudiants ou roms qui font le tour des échoppes. 
Le trajet du retour vers les Jardins de Toucanne me permet d’en apprendre un peu plus sur le parcours de mon hôte. Après un BTS agricole en élevage c’est au Cameroun qu’il part comme volontaire d’une ONG pour épauler des Peuls dans l’élevage de zébus. Après quelques années il doit revenir, les crédits du programme de développement en question sont coupés alors qu’il se lançait dans un projet d’apiculture. Chaque année il ne peut résister à l’appel de l’Afrique et y retourne quelques semaines en hiver. Il passera ensuite deux années aux Etats-Unis, à étudier l’apiculture à Minneapolis puis à faire des stages dans différentes exploitations américaines. A son retour en France, plusieurs projets d’installation (apiculture, élevage, ferme-auberge) avortent et c’est dans une formation à l’agriculture bio qu’il va se révéler et trouver sa vocation.
L’arche de … Louis 

Il s’est installé en maraîchage bio à Boisgervilly à 35 km de Rennes, il y a une dizaine d’années, dans une vielle longère de schiste centenaire qui appartenait à ses parents, agriculteurs. Il exploite 1,5 hectares pour produire fruits (raisin, fraises, pommes, poires, mûres, prunes, rhubarbe, figues, …) et légumes (tomates, cucurbitacées diverses, poivrons, poireaux, pommes de terre, oignons, herbes aromatiques, betteraves, …). Sur 5 hectares de prairies paissent quelques vaches allaitantes (Bretonne Pie Noire) et s’ébrouent 2 chevaux qu’il monte à l’occasion en balade. Sans oublier une basse-cour de poules et canards sous l’autorité de quelques paons. Et quatre chats et deux chiens, Max et Tao, qui vivent en douce harmonie. 
Même si c’est la pleine saison de production, Louis sait prendre le temps. Et en donner aux autres. Il a à cœur d’emmener ses WWOOFers visiter la région ou assister aux événements culturels alentours, il est d’ailleurs le président de l’association A Ressort. J’irai ainsi assister le dimanche de mon arrivée à une lecture à Bécherel, joli petit village dédié aux livres, et écouter un concert de la « fanfare à la conque » Les Chevals à l’Apéro’Zique à St Pern.
Les œufs de Pâques 
Mais c’est lundi et il faut quand même s’y mettre ! Sans pleurer je ramasse divers oignons qui avaient été mis à sécher et que nous monterons ensuite au grenier. Suit une journée de chasse aux chénopodes qui ont envahi le champ de courges. Quelques confitures plus tard et après un repas auquel Louis à invité Sarah, une maraîchère bio qui vient de s’installer à quelques kilomètres, je m’endors sereinement dans la petite caravane qui est mon « chez moi » pendant cette semaine. 
Mardi commence par une cueillette de prunes : comme un enfant à Pâques je suis tout excité de découvrir dans l’herbe toujours plus de prunes que nous avons fait tomber en secouant l’arbre. Je le suis moins dans ma prochaine tâche : exterminer les chardons qui ont envahi la prairie. Armé d’une faucille, je coupe ces piquants en fleurs avant qu’ils ne sèment à tout vent leurs graines. L’après-midi, pendant que Louis va livrer en ville quelques commandes, j’en profite pour rendre visite à Sarah rencontrée quelques jours plus tôt. Elle me fait visiter sa jeune exploitation qui sert une AMAP rennaise.
On est dans  la merde ! 
Le mercredi, une fois par an, chez Louis c’est pas raviolis mais … fumier. Néanmoins, pas de surprise de ma part car lors de nos échanges épistolaires préparatoires à ma venue, Louis m’avait écrit qu’il « pensait prévoir un chantier de nettoyage du fumier de la baraque des vaches (c’est un peu ta partie le compostage) » ;-). Aidés de son ami Olivier aux commandes du tracteur, nous sortons à la fourche plus de 5 remorques de fumier qui, après compostage, viendront amender les Jardins de Toucanne.
Le jeudi soir, Louis fait le marché d’Iffendic, petit bourg situé à quelques kilomètres de la ferme. Il nous faut donc récolter les produits. L’affluence est faible mais Louis a quelques habitués qui passent autant pour acheter des légumes que pour discuter un peu. Nous passerons la soirée chez Séverine qui vend des galettes bio sur ce même marché et qui, ce soir, organise une fête. Une auberge espagnole qui accueille artistes et amis avec en animation un concert du groupe Aspirateur de Langue. Dure, la vie de WWOOFer ! 
Le réveil du vendredi est … plus difficile eu égard aux agapes de la veille. Mais pas de temps à perdre car les quantités à récolter pour le grand marché hebdomadaire de Rennes du lendemain sont conséquentes et il ne faut pas chômer. Mais là encore Louis sait prendre et donner du temps car il ne veut pas que je reparte sans avoir bu le café chez la célèbre Marie Berthier (87 ans) qui tient un bar dans son château du XVIIème siécle à Lou-du-Lac, sa commune d’enfance. Dernier et toujours succulent repas végétarien pris en commun et il est temps de préparer mon sac car demain les trompettes sonneront bien tôt.
Tous en Lice
Il est 5h, Boisgervilly s’éveille et nous voici dans la nuit en route vers la même place des Lices où j’avais rencontré Louis il y a une semaine. Chouette, la météo s’est trompée, il ne pleut pas. Il est tout juste 6 h, déjà nombreux sont les commerçants à s’être installés, quelques fêtards passent, la ville se réveille doucement comme les clients qui arrivent progressivement. Il est agréable d’en reconnaître certains, de se souvenir de leur achat de la semaine passée. Presque plus d’hésitation pour vendre, ré-achalander, renseigner, … et une certaine fierté de vendre des produits que j’ai participé à récolter mais aussi mangés pour ne pas dire dégustés. Le train de 13h m’attend et je quitte Louis à regrets car au-delà du partage du quotidien d’un maraîcher bio, j’ai également fait une belle rencontre humaine. 

* Le WWOOFing consiste à travailler bénévolement (une trentaine d'heures par semaine) dans une exploitation agricole en échange du gîte et du couvert. Ma première expérience de wwoofing à découvrir ici

23 décembre 2011

L'homme qui plantait des arbres

 
Il y a quelques temps nous avons planté dans le jardin partagé de ma résidence deux arbres fruitiers. J’avais pris du plaisir à ce moment convivial mais ce n’est que quelques jours … et nuits plus tard que j’ai réellement pris conscience de l'importance et du sens de ce geste qui m'avait paru de prime abord assez anodin. 
En fait cette plantation a fait écho à deux souvenirs. Tout d’abord aux images du film Cultures en transition montrant des habitants de Totnes plantant des dizaines de noyers dans leur ville … en transition. Le deuxième souvenir, ce sont les mots de Giono dit par la douce voix de Philippe Noiret en harmonie avec les pastels des illustrations du film «L'homme qui plantait des arbres» du livre éponyme. 
On ne plante pas pour tout de suite, on ne plante pas juste pour soi mais pour plus tard et pour les autres. Tel Colbert qui plantait des milliers de chênes pour construire les bateaux que la Marine utiliserait deux cent ans après ! Mais que les gourmands se rassurent, nous devrions nous régaler de nos premières cerises et pommes dans deux ans, putain deux ans … 

30 août 2011

Plus de bruit !

J'étais invité début juillet à suivre les délibérations du jury du premier "Raffut" pour élire l'événement grand public de l'année. Comme le rappelait justement le dossier de presse, la définition du raffut c'est "un grand bruit fait par des personnes qui parlent fort, s'amusent, crient ou se disputent". Il est assez surprenant qu'une partie de la profession de l'événementiel puisse se donner comme simple critère de succès d'une production, fut-elle grand public, d'avoir "bénéficier d'une large amplification". Un seul objectif quantitatif sans évaluation du message transmis ou des résultats produits (ventes, notoriété, communion, ...) alors que c'est bien sa spécificité qualitative qui fait qu'aujourd'hui l’évènementiel est probablement "une alternative globale à la publicité traditionnelle".
La soirée qui accompagnait la remise des prix était totalement (in)cohérente puisqu'avait été privatisée la rue Princesse encore appelée "la rue de la soif" :  les estaminets étaient rebaptisés aux noms des agences organisatrices et l'alcool coulait à flot ... quand il était possible d'accéder jusqu'au bar.  Là encore les professionnels concernés ont fait du raffut pour ne pas dire du tapage diurne puis nocturne - autre sens rappelé dans le dossier de presse ;-). Le voisinage a du apprécié la Responsabilité Sociétale de la profession et aurait légitimement pu faire lui aussi un raffut (autre sens de raffut : esclandre) auprès des autorités.
Si les organisateurs avaient comme objectif de fêter entre eux le début des vacances, pourquoi pas, mais malheureusement on nous précisait que l'un des buts du Raffut était bien de "structurer le métier", "instaurer une ligne de conduite, des règles sur ce qui fonctionne ou pas". Eh bien il faudra en tirer les leçons, ce qui ne fonctionne pas c'est de faire du bruit pour du bruit. C'est tout sauf de la communication. Seul mérite de l'initiative : avoir posé la question de ce qu'est l’évènement en 2011.

18 août 2011

Mes biens chers frères

L'autre soir (il y a déjà longtemps, j’en conviens) j'entendais sur France Inter Iegor Gran, auteur de "l’Ecologie en bas de chez moi", développer deux thèses : l’écologie est devenue une église intégriste et chacun doit pouvoir être libre de ne pas suivre les diktats de ses curés verts. 
Même si l'auteur a fait de la provocation son fonds de commerce pour vendre du papier, comment peut-on avoir aussi peu de recul pour sortir de telles réflexions primaires ? 
Que diable, la seule église qui aujourd’hui impose ses vues à l'humanité n’est pas celle de l’écologie mais bien celle de la Trés Sainte Consommation dont les prédicateurs-publicitaires nous appellent à fréquenter ses temples-hypermarchés. La Croisade des temps modernes est celle de l’OMC, ses templiers se nomment Coca-Cola, Monsanto ou Nestlé. Et c'est sur l'autel du profit à tout prix qu'on brûle la pucelle de la culture vivrière, locale et biologique.
Croire qu’être libre c’est pouvoir acheter un 4X4 parce qu’on en a juste très envie c’est faire peu de cas de l’intelligence humaine. Ce qu’on prend pour de la liberté n’est que le résultat d’une grossière et machiavélique manipulation qui crée non seulement le besoin mais, plus grave, la frustration, terreau de la violence et des extrémismes que connaissent nos sociétés.
Croire qu’être libre c’est d’avoir le libre arbitre de ne pas trier ses déchets, c’est tout simplement l'expression de l’égoïsme primaire qui sommeille en chacun de nous. Raisonnons par l’absurde, si trier est une atteinte à ma liberté, avoir à mettre des déchets dans une poubelle en est aussi une, alors jetons nos ordures par la fenêtre comme autrefois et on verra qui revient à l’âge de la bougie, le curé écologiste ou le libéral moderne !
On pourra me reprocher mon manque d'humour mais j'ai peur d'avoir compris qu'il n'y avait point de réel second degré dans ce pamphlet.

04 août 2011

Chantal, la globe-trotter du Trégor

Sous ma casquette de rédacteur, j'écris régu-lièrement le portrait de certains  salariés d'Emeraude Créationentreprise adaptée (80 % de salariés handicapés) de LannionVoici celui de Chantal, un sacré petit bout de bonne femme !
Quand j’ai expliqué à Chantal que je voulais écrire son histoire, elle m’a répondu que « des histoires, elles n’en voulait pas » ! Passé ce moment d’appréhension (ou ce mot d’humour ?...), Chantal a commencé à me raconter tout d’abord son enfance « à la dure » dans une famille de 15 enfants. Mais très vite, elle est passée aux beaux souvenirs de ses 20 ans. Une dizaine d’années à suivre ou à rejoindre son conjoint dans ses pérégrinations professionnelles sur différents chantiers à l’étranger. Une vie de voyages de l’Afrique (l’Egypte en Concorde !) à l’Australie, partout en Europe à l’exception de … la Corse. Une vie de nomade, parfois en caravane, qu’elle a adorée. Mais la belle histoire finit par une séparation qui plonge Chantal dans le désarroi d’autant qu’elle est jeune maman, sans véritable métier et qu’elle ne sait ni lire ni écrire. 
Des yaourts, des peluches, ...
Mais Chantal n’est pas du genre à se laisser abattre. Après de petits boulots dans la restauration et les travaux saisonniers des champs (« patates », haricots), elle intégrera dans les années 80 l’équipe d’Emeraude ID qui s’appelait alors l’ARPTH (Association pour le Reclassement Professionnel des Travailleurs Handicapés) et dont l’activité était la production de produits laitiers. « On fabriquait du fromage et du crottin », se rappelle-t-elle, « et des yaourts avec de jolis couvercles dorés ». Quand cette activité périclite, elle rebondit dans une autre entreprise d’insertion et y fera des peluches. Elle en a encore chez elle : des lapins, des nounours et même des girafes !
Maman, les ptits bateaux
Elle réintègre quelque temps plus tard les rangs d’Emeraude ID. Parce qu’elle est méticuleuse, elle brillera dans la peinture et la finition des produits de décoration, nouvelle activité de l’association : demi-coques de bateau et phares bretons. Depuis qu’Emeraude est passé à la production de composteurs, Chantal, après avoir été en charge du vissage des panneaux de bois, s’occupent désormais du montage des couvercles : pointage, agrafage et pose des charnières sont de sa responsabilité.
Les cours d’orthophonie et les Ateliers de Savoirs Fondamentaux proposés par Emeraude ID lui ont fait le plus grand bien et l’aide à surmonter quelque peu son handicap d’analphabétisme qu’elle explique avec simplicité comme conséquence d’une méningite contractée en bas âge.
Au boulot, elle est discrète et ne fait pas de vagues mais « quand j’ai quelque chose à dire, je le dis - faut pas m’em…der », et nombreux sont d’ailleurs ceux qui viennent se confier à elle, « presque trop » rajoute-telle, car elle a déjà ses soucis.
Faites vos jeux ...
Mais il y a une vie en dehors du travail ! Son grand plaisir, c’est d’aller jouer quelques euros dans un des casinos de la côte d’Emeraude. Elle se transforme alors et se sent « l’égale des autres », parfois même un peu « bêcheuse ». Si elle qualifie de « vice » cette passion, elle exagère. Chantal sait compter et non seulement elle limite sa sortie à une fois par mois mais elle met de côté un petit billet de temps en temps (son « argent de poche ») en vue de cette sortie. Ses autres simples petits plaisirs ? Un Mc Do ou un kebab de temps en temps, une sortie en boite n’est pas pour lui déplaire comme un ciné où elle préférera les films d’horreur, de science-fiction ou d’aventure. Elle a arrêté récemment l’équitation en raison de problème de dos mais compense avec le vélo ou encore avec une partie de tennis avec sa fille dont elle est si fière de la situation.
C’est sûrement dans les yeux bleus de Chantal que pourriez voir la tranche de vie de ce sacré petit bout de bonne femme si attachante qu’on croise chez Emeraude Création. Mais ses yeux vous ne les verrez pas car Chantal n’aime pas être photographiée et nous respectons son souhait. Mais, faites-moi confiance …

23 juillet 2011

Des vacances de WWOOF !

Cet été, plutôt que de bronzer idiot ou de faire péter mon compteur CO2 comme l’année dernière (voir Green Fairfax), j’ai choisi de partager le quotidien d’une ferme conduite en agriculture biologique en devenant WWOOFer. Le WWOOFing consiste à travailler bénévolement (une trentaine d'heures par semaine) dans une exploitation agricole en échange du gîte et du couvert. Après avoir surfé sur le site du WWOOF France j’ai jeté mon dévolu sur la ferme de François Le Tron qui exploite, depuis une vingtaine d’années, 1,5 hectares en maraîchage bio à Bréhat.
L’île aux tracteurs
C'est ainsi qu'en ce vendredi de début juillet, après quelques minutes de traversée, je débarque sur l’île de Bréhat, encore appelée l’île aux fleurs … ou l’île aux tracteurs, seuls véhicules motorisés à y être autorisés. Une bonne demi-heure de marche vers le Nord plus tard, me voici devant la ferme de Kervilon et son « mini-marché » dont François m’avait parlé dans son mail.  Des touristes prennent d’ailleurs en photo l’étal de fruits et légumes et surtout son panonceau «servez-vous et mettez l’argent dans la boîte » dont ils ne reviennent toujours pas. Effectivement point de vendeur, pas plus que de maraîcher d’ailleurs … Je frappe à la porte de la petite maison dans la prairie dans le jardin et François et Marion, mes hôtes, m’ouvrent. Mais l’heure n’est pas aux longues civilités car je tombe … mal … c’est l’heure de la sieste, sacrée chez nos deux Bréhatins.
La main à la pâte
Je les laisse donc aux bras de Morphée pour tomber dans ceux de Philippe et Marie-Laure. Ces derniers sont agriculteurs dans la Mayenne et ont eu l’idée un peu folle de venir passer leur été chez leurs amis François et Marion pour y produire du pain bio au feu de bois comme ils le font à l’année chez eux ! J’aurai ainsi l’occasion de mettre la main à la pâte au propre comme au figuré !
Mais toute bonne sieste a une fin, les véritables présentations se font alors autour d’un goûter dans la grande pièce à vivre. Après un coup d'oeil aux toilettes sèches qui trônent comme un totem dans le jardin, on m'attribue une chambrette quand d'autres WWOOFers sont installés sous la tente, dans la maison ou encore dans une maison construite ... en palettes (excellent moyen de réutiliser ce déchets non recyclable sur l'île).  Mais c'est déjà la fin d’après-midi et place aux choses sérieuses, nous partons aux champs dans la remorque du tracteur qui n’est pas sans me rappeler les fenaisons d’été de mon adolescence en Auvergne. Trêve de rêverie, il faut penser aux récoltes du lendemain et me voici sous l’aile du sieur François à déterrer quelques kilos de pommes de terre avec un croc,  couper les derniers artichauts de la saison ou cueillir quelques fraises ou des Borloto (c’est comme des cocos de Paimpol mais les faisans de l’île ne mangeant pas cette variété italienne, elle leur a été préférée). Il est tard quand nous rentrons, je suis déjà fourbu et fier d’arborer ma première blessure de guerre ; sont bien affûtés les Opinel du père François !
Le repas pris en commun sera ponctué par l’enfournement du pain du soir et par les présentations plus formelles des uns et des autres : Gregory et Ali, un couple de WWOOFer de Los Angeles, la petite famille du boulanger et Théo leur WWOOFer. Nous sommes 11 à table, mais on fera mieux dans la semaine ! Je trouve sans peine le sommeil du juste. Ces repas comme les travaux aux champs seront l'occasion de questionner mes hôtes et d"échanger sur leurs pratiques, leur contexte économique comme sur leur envrionnement atypique d'une île où tout ou presque (même l'eau !) est importé du continent.
Good Morning Bréhat
Chouette, pas de réveil aux aurores ! Petit-déjeuner vers 8h. Je mange une tonne du pain sorti du four la veille sous mes yeux. Ah, le pain aux pépites de chocolat … mais celui aux fruits secs est aussi super bon… comme celui au sésame .. dans le doute je les goûte tous plusieurs fois … sans pouvoir les départager. Les excellentes confitures maison, autre production de la ferme, ne poussent pas à la frugalité.
La production de la ferme de Kervilon est exclusivement vendue sur l’île et pratiquement uniquement pendant les quelques mois d’été et aux vacances de Pâques. François part vendre ses fruits et légumes au marché et je pars aux champs, cette fois-ci  sous la houeltte de sa compagne Marion.  Ce sera une matinée « tomate » qui est largement cultivée, sous tunnel. Cerise, cocktail, ronde, longue, variétés anciennes, … elles sont nombreuses mais demandent de l’attention. Nous partons à la chasse au gourmand, coupons les feuilles malades, retendons les supports. Puis vient l’heure de la récolte, ce qui me donne l'occasion de les goûter ;-) La tomate c’est le légume (fruit ?) de l’été par excellence et il en faut des kilos et des kilos chaque jour.
Il est plus de 13h, les muscles non habitués à cette gymnastique sont endoloris et l’estomac crie famine, il est temps de rentrer à vélo à la ferme pour un repas et ... une sieste (dont je comprends mieux maintenant l’utilité …). Le repas pratiquement toujours végétarien (et ça m’arrange !) est et sera toujours succulent, varié et copieux, préparé par les uns ou les autres, en improvisant à partir des « restes » du marché.
Après une mini sieste et avant de retourner aux champs en fin d'après-midi je profite de ce temps libre pour découvrir la beauté de l'île ou donner un coup de main à la fabrication du pain en participant à la mise en forme des pâtons.
La première partie de la semaine s’organisera ainsi, rythmée par l’arrivée ou le départ de WWOOFers, éco-volontaires, salariés, famille et amis (on sera jusqu’à 17 à table !) . Les travaux aux champs seront variés : après les indispensables récoltes on procédera au désherbage (le bio utilise des bras quand le conventionnel pulvérise de la chimie de synthèse), binage, traitement biologique (incorporation d'auxiliaires), bricolage, …
Ils sont beaux mes légumes !
Ayant exprimé à François mon intérêt de l’accompagner au marché, ce dernier m’y emmène dés le mercredi d’autant plus volontiers que l’été est là et que la clientèle commence à être nombreuse et un renfort nécessaire. Il est presque déjà 9h et nous voici sur la place du Bourg garant notre attelage à côté de la poissonnière et face aux terrasses des cafés. La remorque du marché de François a un charme certain qui n’a pas échappé au regard d’Haidee, peintre anglaise, qui chaque matin peint sur la place un morceau choisi (à l'instar du tracteur illustration de ce billet). Mais avant de jouer à la marchande, il faut monter l’étal puis mettre en place la «marchandise". Je passe la première matinée concentré à maîtriser le fonctionnement de la caisse et à mémoriser les différents produits proposés à la vente (pas de souci majeur sauf sur les nombreuses aromatiques que cultive François). Le tandem fonctionnant bien, j’y retournerai les deux jours suivants en prenant ces fois-là un plaisir certain à l’échange avec les clients.
Samedi, ma semaine s’achève déjà, je dois prendre le bac en début d’après-midi. Je passe la matinée à épauler Kirstin, l’éco-volontaire allemande de la ferme, dans la confection de confitures puis à aider Marie-Laure à préparer le feu du four à bois pour la fournée de 11h que j’aménerai fier comme un … boulanger au marché du Bourg en tricycle à assistance électrique, la classe ! C’est l’heure des adieux,  dans mon ciré jaune et sous un crachin typiquement breton je retraverse l’île qui est si vite devenue un peu la mienne en me remémorant les rencontres et expériences si riches de cette semaine de vacances hors du commun.
Kénavo!
Photo non libre de droits © Anne-Lore Mesnage
Tableau "le marché de François" réalisé le 13/7/2011par Haidee Jo Summers 

Lire également une deuxième expérience de wwoofing le même été ici

20 juillet 2011

Les Experts : un nouvel épisode des Trophées du Tourisme Responsable

A nouveau cette année, je fais partie des experts du Comité de sélection des Trophées du Tourisme Responsable qui a eu la longue mais noble tâche de sélectionner 3 nominés dans les catégories Bons plans, Urbain, Bol d’air, Luxe & Zen et Solidaire.
Nouveauté 2011, le public est appelé à voter en ligne jusqu’au 5 septembre pour ses candidats préférés, ce vote comptant pour 50% du choix final, à égalité avec celui du jury professionnel. Les Trophées 2011 seront décernés le 21 septembre prochain.

18 juillet 2011

Un manque de C(H)ulot


Une fois n'est pas coutume un petit billet de politique (politicienne ?).

Quelques jours avant l’annonce de la candidature de Nicolas Hulot en avril dernier, le Monde Magazine estimait que ce corps étranger atypique serait vite expulsé par le système mais j’étais loin de me douter que le petit meurtre aurait lieu entre amis. 
En l’éliminant de la Primaire, Europe Ecologie Les Verts, ses adhérents et ses caciques ont montré qu’ils étaient encore loin d’avoir fait la mutation d’un parti traditionnel pyramidal vers un laboratoire coopératif de l’intelligence collective. 
Parce qu’il n’est pas né écologiste, les vieux de la vieille de l’écologie lui ont cherché des OGM dans les champs comme on cherche des poux dans la tête ; pas joly, joly, tout cela. Bien sûr l’homme n’était pas parfait mais avait l’humilité de le reconnaître. Parce qu’il n’est pas un politicien, il n’avait pas la dialectique adhoc, pour ne pas dire sa langue de bois. On lui a reproché son passé alors que c’est avant tout ce cheminement qui donnait à sa candidature force et exemplarité et pouvait susciter l'adhésion du plus grand nombre... 
Je n'ai jamais été un spectateur transi de ses émissions ou un afficonados de sa fondation mais ceux qui comme moi ont réellement lu le Pacte Ecologique (le livre, pas le reader digest du site éponyme) et vu le Syndrôme du Titanic ne pouvaient qu’être convaincus de l’exigence pour ne pas dire de la radicalité de sa déclaration de candidature. 
Peut-être avons-nous tout simplement manqué de culot ou de courage ? ...

16 juin 2011

C’est à ce prix que vous mangez du sucre en Europe

Combien de fois ne nous demande-t-on pas quelle est notre définition du développement durable ? C’en est devenue une tarte à la crème. Oxymore pour les uns dont je fais partie, pléonasme pour les autres … quand certains militent pour la traduction littérale plus exigeante de développement soutenable.
Même si elle a été galvaudée, je ne renie pas la définition académique et officielle de la Commission Brundtland, qui porte en elle, bien sûr une solidarité temporelle inter-générationelle mais également, si on la lisait in extenso, une solidarité de l’instant envers tant de personnes aux besoins primaires non assouvis. C’est bien de préserver l’avenir des générations à venir mais on oublie trop souvent que des millions d’individus meurent de faim sous nos yeux. Aussi, plutôt que donner une énième définition, j’ai pensé intéressant de raisonner en quelque sorte par l’absurde en définissant notre développement aujourd’hui qui est, d’une vérité criante, tout sauf durable.

Les deux mamelles de notre développement
La modération n’est pas le propre de l’Homo Sapiens. Il est passionné en amour, fanatique en politique et compulsif en consommation. A la différence de la nature l’homme ne sait pas se réguler. Pour répondre à cette frénésie consumériste, Prédation et Exploitation sont les deux mamelles de notre développement : un développement en creux pour certains qui permettra un développement en plein pour d’autres. 
Nous exploitons la nature (plutôt celle des autres) et ses ressources. Nous préemptons des matières premières sans limite à un rythme qui ne leur permet pas de se régénérer. On a longtemps vécu des intérêts du capital Terre, on a maintenant plongé dans son bas de laine et attaqué le capital diront les financiers.  Nous utilisons la biosphère comme une poubelle qu’on ne vide jamais et on se désespère en constatant que la biosphère des pauvres n’est pas étanche … 
Nous exploitons l’homme. Exploitation de l’homme par l’homme,  plus souvent d’ailleurs exploitation de l’homme par le capital, exploitation de l’homme du Sud (et des richesses de son territoire) par l’homme du Nord. «C’est à ce prix que vous mangez du sucre en Europe» disait perfidement Candide pour justifier l’esclavage… Théoriquement aboli,  comment nommer autrement l’asservissement économique de millions d’ouvriers et de paysans qui produisent, pas toujours au bout du monde,  parfois au bout de la rue, … «notre confort» ? 
Tout bien réfléchi ce système n’est pas loin de la barbarie. Pourtant, puisqu’il s’agit simplement d’une histoire de plein et de creux, Candide se dit que le plein des uns pourraient remplir le creux des autres et alors la roue du monde tournerait vraiment rond...  

07 mars 2011

5h du mat, je claque des dents ... sur France Inter

J'étais l'invité de Brigitte Patient et de son émission "Un jour tout neuf " sur France Inter ce jeudi 10 mars de 5h à 6h du mat ... il n'y a pas d'heure pour les braves ! 

On a parlé développement durable, communication et compost mais aussi de l'air du temps ... 

A écouter en podcast en cliquant ici.

02 février 2011