28 janvier 2007

Un goût de chiottes

A en croire la dernière publicité de Cristaline, boire l’eau du robinet pourrait s’apparenter à boire l’eau des toilettes* …

A l’heure de la communication responsable, cette campagne montre le chemin qu’il reste encore à parcourir pour certains mais c’est aussi un signe d’espoir au vu de la mobilisation citoyenne qu’elle a engendrée. Cette publicité a réussi l’exploit de regrouper contre elle de nombreuses associations (France Nature Environnement, WWF, Agir pour l'environnement, le Centre National d'Information Indépendante sur les Déchets , la Confédération Nationale du Logement, Résistance à l'Agression Publicitaire, …) jusqu’à la Mairie de Paris et au Ministère de l’Ecologie et du Développement Durable ! Tous se sont é-levés (non pas pour Danette mais contre Cristaline) comme un seul homme pour dénoncer cette création publicitaire et même pour certains porter plainte au pénal.

Sur le fond, tout le monde sait aujourd’hui qu’en France, sauf exception locale, l’eau du robinet est parfaitement potable et extrêmement contrôlée sur tout le réseau de distribution jusqu’au robinet. Mais c’est sur la forme que l’histoire est affligeante car cette campagne est en fait une réponse du berger de Cristaline à la bergère Eau de Paris. Le patron de Cristaline avait en effet si peu apprécié l’excellente campagne du Syndicat des Eaux d’Ile de France vantant les qualités écologiques et économiques de l’eau du robinet qu’il a déclenché cette (contre) attaque. Sacrilège ! On avait osé dire au bon peuple qu’il se faisait rouler dans le PET depuis des années et qu’il pouvait boire l’eau du robinet, accessoirement entre 60 et 600 fois moins chère que l’eau en bouteille et par ailleurs non génératrice de déchets d’emballage et de Co2 lors de son transport …

Ce comportement et cette campagne sont évidemment méprisables, mais n’était-ce pas aussi de la responsabilité de l’agence de ne pas céder à ce brief aux relents d’égoûts ? Même si c’est plus facile à dire qu’à faire, j’ai toujours pensé que conseiller les princes n’était pas toujours les caresser dans le sens du poil… Par ailleurs, le Bureau de Vérification de la Publicité, même s’il a rendu un avis défavorable sur cette campagne, montre une nouvelle fois les limites de son fonctionnement d’auto-régulation.

A force de vouloir trop pousser DéDé dans les toilettes, le consom’acteur français pourrait bien prendre goût au boycott !

* ceci me rappelle que certaines DDASS interdisent d'utiliser la récupération d'eaux pluviales dans les toilettes d’immeubles collectifs au motif qu’on pourrait boire l’eau des toilettes …

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3 commentaires:

Laurent a dit…

Effectivement, cete pub est affligeante d'irresponsabilité !
Par contre, elle pourrait avoir le mérite de lancer le débat sur le développement des toilettes sèches.
La France est vraiement à la rue sur le sujet : J'ai entendu hier à la radio que les toilettes à eau (autrement dit water closets) étaient carrément interdites en Scandinavie sur les constructions récentes.
Bref, un autre sujet de post fort intéressant...
En tout cas, merci pour ce blog extrêmement instructif.

Matthieu a dit…

Je ne suis pas pour dénigrer les autres, mais je serais curieux de savoir quelle est l'agence de com qui a signé cette campagne. Une idée?

Anonyme a dit…

pour répondre à la question de Matthieu, il s'agit de l'agence Business:
http://www.business-sa.fr/