28 décembre 2011

WWOOF 2, le retour : aux Jardins de Toucanne

C’est Place des Lices, sur le marché de Rennes, que Louis m’avait donné rendez-vous pour ma deuxième expérience de WWOOFing* de l’été. En ce samedi de début d’août je n’ai pas de mal à trouver son étal, « mon stand est en face des poissonniers » m’avait-il précisé et son enseigne légumière peinte à la main finit de m’orienter. 
Il pleut, il pleut, bergère … 
C’est sous la pluie que se déroule notre rencontre, les clients sont du coup moins nombreux, ce qui nous laisse le temps de faire connaissance plus avant. Pas facile de débouler dans la vie professionnelle de quelqu’un comme cela en pleine activité commerciale. Le challenge : s’adapter vite. Regarder la façon de faire (il fait ses comptes à la main), mémoriser les prix (un peu effacés par la pluie) et les produits (pas moins de 10 sortes de tomate presque autant de courges et courgettes), les us et coutumes (le petit légume offert, on laisse se servir les clients), puis petit à petit se lancer en servant un premier client quand les acheteurs sont plus nombreux. Louis me laisse faire tout en jetant un œil bienveillant. Il est 13h30, on remballe. Avant de partir Louis fait cadeau de légumes à quelques glaneurs étudiants ou roms qui font le tour des échoppes. 
Le trajet du retour vers les Jardins de Toucanne me permet d’en apprendre un peu plus sur le parcours de mon hôte. Après un BTS agricole en élevage c’est au Cameroun qu’il part comme volontaire d’une ONG pour épauler des Peuls dans l’élevage de zébus. Après quelques années il doit revenir, les crédits du programme de développement en question sont coupés alors qu’il se lançait dans un projet d’apiculture. Chaque année il ne peut résister à l’appel de l’Afrique et y retourne quelques semaines en hiver. Il passera ensuite deux années aux Etats-Unis, à étudier l’apiculture à Minneapolis puis à faire des stages dans différentes exploitations américaines. A son retour en France, plusieurs projets d’installation (apiculture, élevage, ferme-auberge) avortent et c’est dans une formation à l’agriculture bio qu’il va se révéler et trouver sa vocation.
L’arche de … Louis 

Il s’est installé en maraîchage bio à Boisgervilly à 35 km de Rennes, il y a une dizaine d’années, dans une vielle longère de schiste centenaire qui appartenait à ses parents, agriculteurs. Il exploite 1,5 hectares pour produire fruits (raisin, fraises, pommes, poires, mûres, prunes, rhubarbe, figues, …) et légumes (tomates, cucurbitacées diverses, poivrons, poireaux, pommes de terre, oignons, herbes aromatiques, betteraves, …). Sur 5 hectares de prairies paissent quelques vaches allaitantes (Bretonne Pie Noire) et s’ébrouent 2 chevaux qu’il monte à l’occasion en balade. Sans oublier une basse-cour de poules et canards sous l’autorité de quelques paons. Et quatre chats et deux chiens, Max et Tao, qui vivent en douce harmonie. 
Même si c’est la pleine saison de production, Louis sait prendre le temps. Et en donner aux autres. Il a à cœur d’emmener ses WWOOFers visiter la région ou assister aux événements culturels alentours, il est d’ailleurs le président de l’association A Ressort. J’irai ainsi assister le dimanche de mon arrivée à une lecture à Bécherel, joli petit village dédié aux livres, et écouter un concert de la « fanfare à la conque » Les Chevals à l’Apéro’Zique à St Pern.
Les œufs de Pâques 
Mais c’est lundi et il faut quand même s’y mettre ! Sans pleurer je ramasse divers oignons qui avaient été mis à sécher et que nous monterons ensuite au grenier. Suit une journée de chasse aux chénopodes qui ont envahi le champ de courges. Quelques confitures plus tard et après un repas auquel Louis à invité Sarah, une maraîchère bio qui vient de s’installer à quelques kilomètres, je m’endors sereinement dans la petite caravane qui est mon « chez moi » pendant cette semaine. 
Mardi commence par une cueillette de prunes : comme un enfant à Pâques je suis tout excité de découvrir dans l’herbe toujours plus de prunes que nous avons fait tomber en secouant l’arbre. Je le suis moins dans ma prochaine tâche : exterminer les chardons qui ont envahi la prairie. Armé d’une faucille, je coupe ces piquants en fleurs avant qu’ils ne sèment à tout vent leurs graines. L’après-midi, pendant que Louis va livrer en ville quelques commandes, j’en profite pour rendre visite à Sarah rencontrée quelques jours plus tôt. Elle me fait visiter sa jeune exploitation qui sert une AMAP rennaise.
On est dans  la merde ! 
Le mercredi, une fois par an, chez Louis c’est pas raviolis mais … fumier. Néanmoins, pas de surprise de ma part car lors de nos échanges épistolaires préparatoires à ma venue, Louis m’avait écrit qu’il « pensait prévoir un chantier de nettoyage du fumier de la baraque des vaches (c’est un peu ta partie le compostage) » ;-). Aidés de son ami Olivier aux commandes du tracteur, nous sortons à la fourche plus de 5 remorques de fumier qui, après compostage, viendront amender les Jardins de Toucanne.
Le jeudi soir, Louis fait le marché d’Iffendic, petit bourg situé à quelques kilomètres de la ferme. Il nous faut donc récolter les produits. L’affluence est faible mais Louis a quelques habitués qui passent autant pour acheter des légumes que pour discuter un peu. Nous passerons la soirée chez Séverine qui vend des galettes bio sur ce même marché et qui, ce soir, organise une fête. Une auberge espagnole qui accueille artistes et amis avec en animation un concert du groupe Aspirateur de Langue. Dure, la vie de WWOOFer ! 
Le réveil du vendredi est … plus difficile eu égard aux agapes de la veille. Mais pas de temps à perdre car les quantités à récolter pour le grand marché hebdomadaire de Rennes du lendemain sont conséquentes et il ne faut pas chômer. Mais là encore Louis sait prendre et donner du temps car il ne veut pas que je reparte sans avoir bu le café chez la célèbre Marie Berthier (87 ans) qui tient un bar dans son château du XVIIème siécle à Lou-du-Lac, sa commune d’enfance. Dernier et toujours succulent repas végétarien pris en commun et il est temps de préparer mon sac car demain les trompettes sonneront bien tôt.
Tous en Lice
Il est 5h, Boisgervilly s’éveille et nous voici dans la nuit en route vers la même place des Lices où j’avais rencontré Louis il y a une semaine. Chouette, la météo s’est trompée, il ne pleut pas. Il est tout juste 6 h, déjà nombreux sont les commerçants à s’être installés, quelques fêtards passent, la ville se réveille doucement comme les clients qui arrivent progressivement. Il est agréable d’en reconnaître certains, de se souvenir de leur achat de la semaine passée. Presque plus d’hésitation pour vendre, ré-achalander, renseigner, … et une certaine fierté de vendre des produits que j’ai participé à récolter mais aussi mangés pour ne pas dire dégustés. Le train de 13h m’attend et je quitte Louis à regrets car au-delà du partage du quotidien d’un maraîcher bio, j’ai également fait une belle rencontre humaine. 

* Le WWOOFing consiste à travailler bénévolement (une trentaine d'heures par semaine) dans une exploitation agricole en échange du gîte et du couvert. Ma première expérience de wwoofing à découvrir ici

23 décembre 2011

L'homme qui plantait des arbres

 
Il y a quelques temps nous avons planté dans le jardin partagé de ma résidence deux arbres fruitiers. J’avais pris du plaisir à ce moment convivial mais ce n’est que quelques jours … et nuits plus tard que j’ai réellement pris conscience de l'importance et du sens de ce geste qui m'avait paru de prime abord assez anodin. 
En fait cette plantation a fait écho à deux souvenirs. Tout d’abord aux images du film Cultures en transition montrant des habitants de Totnes plantant des dizaines de noyers dans leur ville … en transition. Le deuxième souvenir, ce sont les mots de Giono dit par la douce voix de Philippe Noiret en harmonie avec les pastels des illustrations du film «L'homme qui plantait des arbres» du livre éponyme. 
On ne plante pas pour tout de suite, on ne plante pas juste pour soi mais pour plus tard et pour les autres. Tel Colbert qui plantait des milliers de chênes pour construire les bateaux que la Marine utiliserait deux cent ans après ! Mais que les gourmands se rassurent, nous devrions nous régaler de nos premières cerises et pommes dans deux ans, putain deux ans …