23 juillet 2011

Des vacances de WWOOF !

Cet été, plutôt que de bronzer idiot ou de faire péter mon compteur CO2 comme l’année dernière (voir Green Fairfax), j’ai choisi de partager le quotidien d’une ferme conduite en agriculture biologique en devenant WWOOFer. Le WWOOFing consiste à travailler bénévolement (une trentaine d'heures par semaine) dans une exploitation agricole en échange du gîte et du couvert. Après avoir surfé sur le site du WWOOF France j’ai jeté mon dévolu sur la ferme de François Le Tron qui exploite, depuis une vingtaine d’années, 1,5 hectares en maraîchage bio à Bréhat.
L’île aux tracteurs
C'est ainsi qu'en ce vendredi de début juillet, après quelques minutes de traversée, je débarque sur l’île de Bréhat, encore appelée l’île aux fleurs … ou l’île aux tracteurs, seuls véhicules motorisés à y être autorisés. Une bonne demi-heure de marche vers le Nord plus tard, me voici devant la ferme de Kervilon et son « mini-marché » dont François m’avait parlé dans son mail.  Des touristes prennent d’ailleurs en photo l’étal de fruits et légumes et surtout son panonceau «servez-vous et mettez l’argent dans la boîte » dont ils ne reviennent toujours pas. Effectivement point de vendeur, pas plus que de maraîcher d’ailleurs … Je frappe à la porte de la petite maison dans la prairie dans le jardin et François et Marion, mes hôtes, m’ouvrent. Mais l’heure n’est pas aux longues civilités car je tombe … mal … c’est l’heure de la sieste, sacrée chez nos deux Bréhatins.
La main à la pâte
Je les laisse donc aux bras de Morphée pour tomber dans ceux de Philippe et Marie-Laure. Ces derniers sont agriculteurs dans la Mayenne et ont eu l’idée un peu folle de venir passer leur été chez leurs amis François et Marion pour y produire du pain bio au feu de bois comme ils le font à l’année chez eux ! J’aurai ainsi l’occasion de mettre la main à la pâte au propre comme au figuré !
Mais toute bonne sieste a une fin, les véritables présentations se font alors autour d’un goûter dans la grande pièce à vivre. Après un coup d'oeil aux toilettes sèches qui trônent comme un totem dans le jardin, on m'attribue une chambrette quand d'autres WWOOFers sont installés sous la tente, dans la maison ou encore dans une maison construite ... en palettes (excellent moyen de réutiliser ce déchets non recyclable sur l'île).  Mais c'est déjà la fin d’après-midi et place aux choses sérieuses, nous partons aux champs dans la remorque du tracteur qui n’est pas sans me rappeler les fenaisons d’été de mon adolescence en Auvergne. Trêve de rêverie, il faut penser aux récoltes du lendemain et me voici sous l’aile du sieur François à déterrer quelques kilos de pommes de terre avec un croc,  couper les derniers artichauts de la saison ou cueillir quelques fraises ou des Borloto (c’est comme des cocos de Paimpol mais les faisans de l’île ne mangeant pas cette variété italienne, elle leur a été préférée). Il est tard quand nous rentrons, je suis déjà fourbu et fier d’arborer ma première blessure de guerre ; sont bien affûtés les Opinel du père François !
Le repas pris en commun sera ponctué par l’enfournement du pain du soir et par les présentations plus formelles des uns et des autres : Gregory et Ali, un couple de WWOOFer de Los Angeles, la petite famille du boulanger et Théo leur WWOOFer. Nous sommes 11 à table, mais on fera mieux dans la semaine ! Je trouve sans peine le sommeil du juste. Ces repas comme les travaux aux champs seront l'occasion de questionner mes hôtes et d"échanger sur leurs pratiques, leur contexte économique comme sur leur envrionnement atypique d'une île où tout ou presque (même l'eau !) est importé du continent.
Good Morning Bréhat
Chouette, pas de réveil aux aurores ! Petit-déjeuner vers 8h. Je mange une tonne du pain sorti du four la veille sous mes yeux. Ah, le pain aux pépites de chocolat … mais celui aux fruits secs est aussi super bon… comme celui au sésame .. dans le doute je les goûte tous plusieurs fois … sans pouvoir les départager. Les excellentes confitures maison, autre production de la ferme, ne poussent pas à la frugalité.
La production de la ferme de Kervilon est exclusivement vendue sur l’île et pratiquement uniquement pendant les quelques mois d’été et aux vacances de Pâques. François part vendre ses fruits et légumes au marché et je pars aux champs, cette fois-ci  sous la houeltte de sa compagne Marion.  Ce sera une matinée « tomate » qui est largement cultivée, sous tunnel. Cerise, cocktail, ronde, longue, variétés anciennes, … elles sont nombreuses mais demandent de l’attention. Nous partons à la chasse au gourmand, coupons les feuilles malades, retendons les supports. Puis vient l’heure de la récolte, ce qui me donne l'occasion de les goûter ;-) La tomate c’est le légume (fruit ?) de l’été par excellence et il en faut des kilos et des kilos chaque jour.
Il est plus de 13h, les muscles non habitués à cette gymnastique sont endoloris et l’estomac crie famine, il est temps de rentrer à vélo à la ferme pour un repas et ... une sieste (dont je comprends mieux maintenant l’utilité …). Le repas pratiquement toujours végétarien (et ça m’arrange !) est et sera toujours succulent, varié et copieux, préparé par les uns ou les autres, en improvisant à partir des « restes » du marché.
Après une mini sieste et avant de retourner aux champs en fin d'après-midi je profite de ce temps libre pour découvrir la beauté de l'île ou donner un coup de main à la fabrication du pain en participant à la mise en forme des pâtons.
La première partie de la semaine s’organisera ainsi, rythmée par l’arrivée ou le départ de WWOOFers, éco-volontaires, salariés, famille et amis (on sera jusqu’à 17 à table !) . Les travaux aux champs seront variés : après les indispensables récoltes on procédera au désherbage (le bio utilise des bras quand le conventionnel pulvérise de la chimie de synthèse), binage, traitement biologique (incorporation d'auxiliaires), bricolage, …
Ils sont beaux mes légumes !
Ayant exprimé à François mon intérêt de l’accompagner au marché, ce dernier m’y emmène dés le mercredi d’autant plus volontiers que l’été est là et que la clientèle commence à être nombreuse et un renfort nécessaire. Il est presque déjà 9h et nous voici sur la place du Bourg garant notre attelage à côté de la poissonnière et face aux terrasses des cafés. La remorque du marché de François a un charme certain qui n’a pas échappé au regard d’Haidee, peintre anglaise, qui chaque matin peint sur la place un morceau choisi (à l'instar du tracteur illustration de ce billet). Mais avant de jouer à la marchande, il faut monter l’étal puis mettre en place la «marchandise". Je passe la première matinée concentré à maîtriser le fonctionnement de la caisse et à mémoriser les différents produits proposés à la vente (pas de souci majeur sauf sur les nombreuses aromatiques que cultive François). Le tandem fonctionnant bien, j’y retournerai les deux jours suivants en prenant ces fois-là un plaisir certain à l’échange avec les clients.
Samedi, ma semaine s’achève déjà, je dois prendre le bac en début d’après-midi. Je passe la matinée à épauler Kirstin, l’éco-volontaire allemande de la ferme, dans la confection de confitures puis à aider Marie-Laure à préparer le feu du four à bois pour la fournée de 11h que j’aménerai fier comme un … boulanger au marché du Bourg en tricycle à assistance électrique, la classe ! C’est l’heure des adieux,  dans mon ciré jaune et sous un crachin typiquement breton je retraverse l’île qui est si vite devenue un peu la mienne en me remémorant les rencontres et expériences si riches de cette semaine de vacances hors du commun.
Kénavo!
Photo non libre de droits © Anne-Lore Mesnage
Tableau "le marché de François" réalisé le 13/7/2011par Haidee Jo Summers 

Lire également une deuxième expérience de wwoofing le même été ici

1 commentaire:

pralinAndrea a dit…

Ile de Brehat, tres jolie. Salut de l'Italie.